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Souvent nos regards se croisaient…
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Souvent nos regards se croisaient,

Lui, assis en retrait dessinait
Sur un grand carré noir de trottoir.
Sa casquette à l'envers
Était posée sur le bitume
Et son chien somnolait,
Presque assoupi à son bras.
Et ses craies tendrement, si tendrement,
De pastels leur coloraient une adresse.

Souvent nos regards se croisaient,

Moi, en coup de vent je passais
Chaque jour, et l’asphalte s’illuminait
De cet art magnifique qu’il maîtrisait,
Toujours furtivement je lorgnais
Sa casquette chichement honorée
Et ce chien qui l’aimait, qui l’aimait,
Couché sur l’herbe vert tendre
Que d’une main habile il esquissait.

Souvent nos regards se croisaient.

Par un matin froid de janvier,
Sur le trottoir, en perspective estompé,
Clopinant sur le pré vert tendre
Où son chien heureux caracolait,
Je le reconnus de dos, la tête retournée.
Il souriait, il me souriait,
Agitant la casquette bleue,
Que d’un ou deux euros parfois je visitais.

Souvent nos regards se croisaient…

Mais, je le sus à cet instant-là,
Jamais plus ils ne se rencontreraient.
La pluie commençait à tomber
Et tous les détails finement ciselés,
Fondaient, se mêlaient, se brouillaient,
Jusqu’à ce sourire, son sourire
Qui n’étincelait plus, déformé,
Emporté dans le caniveau détrempé.

© Poème posté le 12/06/2015 par Fregat

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