Paroles de fleur
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Papier froissé presque transparent, le gras linceul de la belle qui un jour se voulut séduite, a figé l’instant de ce désir en un pâle reflet sur lequel l’œil ne s’attarde plus. Ô Marguerite, quelle fut ta pensée en ce bel après-midi ensoleillé et plein de douces promesses, quand vint cette main innocente te ravir à tes porteuses de vie, tes bruyantes messagères aux pattes si lourdement chargées ?
Enlevée à tes verts pâturages, sans cris, tu te soumis avec quelques-unes de tes sœurs. Papotant encore allègrement, peut-être évoquiez-vous ensemble à cet instant, la douceur de ce rouge crépuscule. C’était juste avant que la lune ne paraisse à l’horizon, juste avant que le ciel s’allume de ses mille feux si lointains…
Mais c’était hier, hier seulement, alors que demain n’était déjà plus sans que vous le sachiez! Et puis ces doigts, ces doigts si maladroits, si cruels, qui dépècent, écrasent, tordent ton corps à l’agonie, étalent ton immaculée chevelure à grand coup de poing…
Pourquoi tant de haine ? Qu’ai-je fait, te dis-tu, pour ainsi mériter tel châtiment ? Tu voulais juste rendre au soleil ce qu’il t’avait offert, chaleur, douceur et paix de l’âme.
BLAM ! Soudain l’obscurité, le silence, la mort. Le livre de ta vie s’est refermé à tout jamais…
« Leucanthemum vulgare »
- Pff! C’est drôlement dur à écrire, se dit Thomas en reposant son crayon.
Il referma son herbier et le glissa dans son cartable avec le sentiment du devoir accompli. Du revers de la main, il nettoya vaguement la table de la salle à manger qui était jonchée de tiges coupées, de pétales écrasés et remit péniblement dans la bibliothèque le gros livre qui lui avait servi à aplatir ces maudites fleurs .
- Han ! han ! Il pèse au moins cent kilos ce bouquin !
Sur la couverture en cuir, en lettres d’or on pouvait y lire : LA SAINTE BIBLE
Tofka
