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Etoile scintillante
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Fanny cueille une fleur dans le champ de lavande
L'hume profondément dans sa robe violette
C'est la saison douce, la saison des provendes
Elle a couru depuis le chemin, elle halète

Sa poitrine sous son corsage se soulève
Elle a rêvé l'instant depuis un matin calme
Il y a au monde un seul couple, Adam et Eve
Depuis l'Antiquité, ils sont sevrés de palmes

Le vent se lève et passe en courant devant elle
Il emporte chapeau et rubans de dentelles
Ce n'est pas le frère qu'on rêve fraternel
Mais un chenapan rêvant nue la femme belle

Sa petite soeur Toots l'a suivie dans le champ
Sa rousseur émouvante éclate en plein soleil
Elle rit, elle joue, fredonne son clair chant
Murmurant le conte où la fée fait merveille

Les deux filles vaquant à leurs occupations
La grande s'éloigne un peu, serrant sur son coeur
L'objet si fragile qui contient sa passion
Et a voyagé loin, contre le Temps vainqueur

Il s'agit d'un papier au format d'une lettre
Hâtivement griffé d'une écriture exquise
Car elle reconnaît les mots vibrants de l'être
Qui a pouvoir solaire à fondre la banquise

John Keats donne de ses nouvelles si lointaines
A sa fiancée perdue, Fanny Bravvne, c'est elle
Qui poursuit les mots doux à en perdre l'haleine
Des mots fous aussi bien d'un amour immortel

Le poète a semé abondance de vers
C'est un homme qui est pauvre et tellement jeune
Mais il est atteint de la maladie sévère
Attaquant ses poumons, l'obligeant à des jeûnes

John est à Rome où la femme, de l'Angleterre
Vole en songe auprès d'un tuberculeux à mort
Elle s'assied dans la lavande, solitaire
Au bord de faillir des durs mots d'un matamore

Il a dédicacé son tout dernier poème
Qui de John à Fanny, joint la postérité
Elle sait que jamais plus ils ne diront "j'aime"
Pour la jeune femme, c'est le suprême été

© Poème posté le 04/03/2018 par Jacou

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