Un mariage en grandes pompes funèbres.
1
De la laine des brebis d’un berger du village, une princesse fit une paire de chaussettes qu’icelui porterait le jour de ses noces. Mais la jeune fille rêvait à ce crapaud lui coassant des serments courtois. Les doigts de la belle se troublaient de ce cœur épris tant et si bien que la tricoteuse fit une chaussette à rayures blanc et bleu et une autre à rayures bleu et blanc. Le couple n’allait point de paires mais le berger tout à sa Pierrette, n’y vit rien. Il alla donc à l’autel dire oui à sa promise, avec à ses pieds les chaussettes si mal assorties. Mais les amours éphémères rendirent la vue à l’époux. Il en garda une comme bas de laine pour jeter l’autre en peloton que sa femme récupéra sous sa paillasse se disant que ce lainage tombait à point pour astiquer les étains. Las, le berger mourut d’une mauvaise fièvre. Toutes les économies y passèrent. La veuve fort dépourvue, fit du bas de laine et de son chiffon à reluire, une seule pelote dont elle tira un bonnet chiné réunissant enfin sous un seul pompon les deux chaussettes de la princesse.
