Foutue !
4
Foutue !
Elle était sloop, elle était arche,
Elle était souple et sa démarche,
Roulant, louvoiement chaloupé,
Son rein si joliment houppé,
Faisait, sans qu’un saint ne renâcle,
Croire et crier - Diable ! au miracle…
Elle était belle, et plus que ça ;
Dessus, dessous, même en deçà !
Elle était l’ardeur et le charme,
Fleurs de jeunesse qui désarme ;
Dans ses pas ronronnait le vent,
Tout, autour, semblait décevant ;
Sous son œil fier, de la lumière
Couvait en feu - braise sorcière !
Elle arrivait de ces pays
Où toute vie est un dû pris ;
Elle n’avait jamais haï
Mais sa joie à jamais trahie
Par tant d’horreur et tant de cris,
Avait mis son âme ébahie
Au pilori perpétuel !…
Peu-être même un rituel
Barbare l’avait excisée,
Et maintenant, puisque excusée
D’être une femme, elle avait droit
D’obéir à l’œil comme au doigt,
Pour succomber un jour, en couche,
Et de prier ce dieu trop louche
Qui lui avait mangé le cœur
Sans qu’elle en conçût de rancœur..
Sa vie était d’atroces portes
Et toutes ses sœurs étaient mortes.
Elle était noire comme jais
Et ses vingt ans tant étrangers
Au bureau des réfugiés
Où s’aboyaient des ordres brefs
Dont tressaillaient ceux que l’on tue,
Disaient l’humanité foutue !
