Envie antérieure
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C’est une floraison de déserts impossibles.
D'un impassible horizon faux,
Inspirons, fascinés, les âcretés paisibles
Que la camarde exhale en balançant sa faux.
La peau rêche et brûlée, une étendue olive,
Où vivante, encore, et tendue,
Quelque herbe agonisante autorise, en dérive,
Le berger famélique et sa bête rendue.
La peau se racornit en une large humeur,
Pour que tout meure, encore uni
Au suintement de pus, sur l’immense tumeur
Qui lézarde Gaïa, hachant son flanc puni.
Des anciens océans monte en vapeurs, des vases,
Béantes peurs, souvenirs d’eaux,
Le reste de la vie, en pleurs que tu écrases,
Toi ! dont je suis, hélas, pétri des idéaux.
Nécrophages fangeux phagocytant les mondes,
Poux et bousiers d’aorte, actifs,
Surnagent des bourbiers en cohortes immondes,
Au hasard sans futur, pour des profits hâtifs.
Toutes et tous, sans voir, en poussant à la tombe,
Épousant l’ombre et toute croix,
Nous n’imaginons pas que notre pied surplombe
Cet angoissant marasme : un univers de poix !
Mais lentement… je me souviens d’un temps sans borne,
D’un vaste espace au souffle clair,
Et de la lumière et de l’air…
Mon cœur fend, c’est un cœur d’enfant
Devenu morne.
