Un chou, une laitue/Sur la table où l’on dîne
Et son regard perdu/Au-delà des collines
Il faudrait un faitout/Peut-être une bassine
Pour y cuire le chou/Ce soir les enfants dînent
La vie était jolie
Quand elle était gamine
Il est bientôt midi
Le temps est à la bruine
Elle a perdu le temps et elle oublie les gestes
Dans sa vie le néant fait place à une histoire.
Ell’ ne sait même plus si des rêves lui restent
Quelques bribes de temps parfois sortent du noir
Des bouts de souvenirs,/La vie dont elle rêvait
Et les éclats de rires/Dans les parfums de mai,
La confiture aux coings/Et les fleurs de juillet
Qu’elle cueillait avec soin/Pour en faire un bouquet…
Et ses amours d’enfance
Au creux du lit de foin
Et le bal où l’on danse
Ces choses sont si loin
Ell’ vole et s’aventure/Bien après les collines
Pour vivre sans mesure/Loin des murs de cuisine
Elle est encore enfant/Il lui tire les tresses
Il ose en rougissant/Tenter une caresse…
Et ces parfums de mai
Et ces odeurs de foin
Le bal où l’on dansait
Et la gelée de coings
Sur la table en cuisine/Ell’ trouve le faitout
Dehors toujours il bruine/Où donc est le saindoux
Ell’ cherche la bassine/où trempe la laitue
Errant dans les collines/ son esprit s’est perdu
Et ce temps qui la mine
Et ce temps qui la tue
Et la grande bassine
Où trempe la laitue.
