La vieille femme
3
Elle est partie, mais qui s'étonne,
La vieille femme du quartier;
Elle avait achevé l'automne
En s'effaçant, comme oubliée,
La vieille femme du quartier.
Au bout du porche, en fond de cour,
Lors des beaux jours, à la fenêtre,
Elle disait un simple bonjour
A ceux qu'elle voyait apparaître,
La vieille femme du quartier.
Elle aurait bien aimé parler,
Il lui semblait avoir à dire ;
Chacun passait, l'air affairé
Et la laissait, sans qu'elle soupire,
La vieille femme du quartier.
Elle avait tant à partager,
Tout cet amour qu'elle refermait,
Et ces histoires du passé ;
Mais la voyant, on l'évitait,
La vieille femme du quartier.
L'été qui tirait ses rideaux,
Devant l'automne qui naissait,
Avait fraîchi le temps trop tôt ;
La vitre close, elle regardait,
La vieille femme du quartier.
Depuis trois jours, elle n'avait plus
Guetté dehors le voisinage ;
Elle passait tant inaperçue,
Nul ne prenait jamais ombrage,
De cette femme du quartier.
Lorsque plus tard, on s'étonna,
Le serrurier ouvrit la porte :
Sur son fauteuil, il la trouva
Les yeux ouverts: elle était morte,
La vieille femme du quartier.
Discrètement, on l'emmena,
Fosse commune, au cimetière,
Et pour la suivre, pas un chat,
Pas une fleur, couvrant la terre,
De cette femme du quartier.
Elle est partie, mais qui s'étonne,
C'est comme un meuble qu'on enlève
Un arbre qui plus rien ne donne,
Comme une histoire qui s’achève
Y a plus de vieille dans le quartier.
La vieille femme du quartier;
Elle avait achevé l'automne
En s'effaçant, comme oubliée,
La vieille femme du quartier.
Au bout du porche, en fond de cour,
Lors des beaux jours, à la fenêtre,
Elle disait un simple bonjour
A ceux qu'elle voyait apparaître,
La vieille femme du quartier.
Elle aurait bien aimé parler,
Il lui semblait avoir à dire ;
Chacun passait, l'air affairé
Et la laissait, sans qu'elle soupire,
La vieille femme du quartier.
Elle avait tant à partager,
Tout cet amour qu'elle refermait,
Et ces histoires du passé ;
Mais la voyant, on l'évitait,
La vieille femme du quartier.
L'été qui tirait ses rideaux,
Devant l'automne qui naissait,
Avait fraîchi le temps trop tôt ;
La vitre close, elle regardait,
La vieille femme du quartier.
Depuis trois jours, elle n'avait plus
Guetté dehors le voisinage ;
Elle passait tant inaperçue,
Nul ne prenait jamais ombrage,
De cette femme du quartier.
Lorsque plus tard, on s'étonna,
Le serrurier ouvrit la porte :
Sur son fauteuil, il la trouva
Les yeux ouverts: elle était morte,
La vieille femme du quartier.
Discrètement, on l'emmena,
Fosse commune, au cimetière,
Et pour la suivre, pas un chat,
Pas une fleur, couvrant la terre,
De cette femme du quartier.
Elle est partie, mais qui s'étonne,
C'est comme un meuble qu'on enlève
Un arbre qui plus rien ne donne,
Comme une histoire qui s’achève
Y a plus de vieille dans le quartier.
