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Tu étais. Tu étais vivant. Et tu ne vis plus. Quelle phrase incensée. Jamais, pas même aujourd'hui à midi je n'aurai pu croire cette affirmation.
●●●● est mort. Cette phrase est-elle une blague ? Issue d'un monde parallèle ? Est-ce un rêve ?
Demain je me réveillerai, on sera le 24 Septembre 2026, ○○○○ sera présent en spé SVT et toi, ●●●●, je te verrai à 13h15 en histoire. Oui. C'est ça la logique. C'est ce que l'avenir prévoit. De la meme manière qu'il prévoit que tu vives, manifeste, pense, aime, haït, rit, sort, console, grandit, t'investisse.
Mais non.
Non.
Non et non.
Non parce que quelque chose est arrivé. Quelque chose d'horrible.
Quelque chose d'irreversible.
Ta mort.
Ta mort est arrivée.
Ta mort.
Ta mort ?
Ta mort !
Non.
Ça n'a pas de sens.
La logique n'y est pas. Mais la véracité de cette parole est bien là.
Et c'est douloureux.
Douloureusement incoherent.
Toi , ●●●●, mort?
Oui.
Comment ça, "oui" ?
Je ne veux pas le dire.
Et ça ne peut pas se dire !
Ce n'est pas rationnel !
Il n'a jamais été question que ta mort survienne.
Pourquoi est-elle survenue ?
Je veux affirmer que tu es vivant et pourtant je dois affirmer que tu es mort.
Je voulais être ton amie et pourtant je suis restée distante.
Je voulais être proche de toi.
Ton amie.
Je le souhaitais tellement intensément.
Ton amie à toi et ○○○○, autant l'un que l'autre.
Tu n'as jamais su mon désir d'amitié.
Je ne le montrai jamais.
Personne ne savait à quel point ça compte pour moi d'être ton amie. Un secret bien gardé. Je ne l'ai dit a personne.
Mais pourtant ce désir d'amitié était là.
Il était là, brûlant. Vraiment brulant. Mais je le gardais au fond de moi. J'y reflechissais souvent. En silence.
Et toi tu m'ignorais puisque je ne manifestais rien. Tu m'ignorais à tel point que tu ne te souvenais plus de mon nom il y a deux semaines. J'en ai déduis que je n'etais rien pour toi. Que tu avais oublié les petites interactions qu'on a eu. Des interactions qui m'ont marquées. Tu disais que je ressemblais à Ptite Sœur, tu complimentais mes pantalons, tu me proposais de boire dans tes monster, tu m'avais proposé de faire des sorties. J'ai accepté une fois. J'ai eu plein d'autocollants. J'en ai collé en pensant à toi, sans que tu le saches et je les gardais precieusement chez moi. Pendant des mois. Je les voyais et je pensais à cette sortie. Je pensais à toi. Mais je n'osais pas les coller. Alors je les gardais.
Tu avais sûrement oublié cette sortie. Il y a 2 semaines tu as confondu mon nom avec celui de ◆◆◆◆◆◆◆. Tu t'en foutais surement de moi. Et je ne t'en voulais pas.
Je souhaitais être proche de toi, tu ne l'a jamais vu, jamais su.
Je n'ai pas insisté et notre amitié n'est jamais née.
Malgré tout je l'ai beaucoup souhaitée. Vraiment. Sincèrement.
Tu ne le saura jamais.
Ce sera le plus grand de mes regrets.
Une amitié qui aurait pu avoir lieu mais qui n'a jamais été. Qui ne sera jamais.
・・・・
Si, un jour, tu avais pris le temps d'envisager qui aurait souffert de ton décès, tu n'aurait certainement pas pensé a moi.
Et pourtant je souffre. Je souffre énormément.
Quand j'ai entendu l'annonce de ta mort, je n'ai d'abord pas réagit, car la situation était trop irrationnelle. Puis le déni est passé. En moins d'une seconde.
Mes larmes ont coulées, ma respiration s'est accélérée, ton visage est apparu, les souvenirs se sont bousculés, les jambes me piquaient, mes bras fourmillaient. Je suis sortie de cette salle. Un bloc qui me constituait venait de s'effondrer. D'un coup. Le bloc est tombé en restant en moi. La chute a causé des dégâts. Je tremblais. Plus rien n'avait de sens. Je marchais sans avancer. Je tenais ma tête qui s'effondrait. Je posais mes mains sur mon crâne sans que je ne les sente. Mes jambes avaient des milliards de fourmis qui s'y aggripaient et qui les allourdissaient. J'entendais de l'autre côté du couloir les cris de ◇◇◇◇◇ qui souffrait.
C'était illogique.
Cette situation n'avait aucun sens.
Toi, ●●●●, mort ? Inconcevable.
Mais réel.
La réalité.
«●●●● est mort» est une réalité.
«Non» et «si» je veux crier.
«Oui» mais «non» je veux hurler.
L'amitié qui aurait pu naître n'a plus aucune chance d'exister.
Aucune.
Et tes intérêts. Tes goûts. Tes prefèrences. Tes valeurs. Tes principes. Disparus d'un coup.
Ils étaient tellement nombreux.
Une multitude.
Ils étaient un monde tout entier.
Un monde rien qu'à toi.
Un monde inspirant.
Inspirant.
Tu l'étais.
Tellement inspirant.
Mais ce monde a disparu.
Ton monde a disparu.
Tu as disparu.
Ta manière de penser a disparue.
Tu ne pourras plus jamais renouveler l'expérience de penser.
Toi, ●●●●, ne pas penser?
Alors que c'était toute ta particularité.
Tu pensais d'une façon si particulière que ça en devenait.. admirable. C'est vraiment l'effet que ça me faisait. Il y avait une certaine particularité qui émanait de tes paroles.
Tu savais comment contrer les idées qui ne te plaisaient pas.
Tu savais exprimer ton désaccord avec une détermination unique.
Tu affichait fièrement ton militantisme.
Selon moi c'était une rare et belle valeur.
Ça nous manquera.
Tu nous manquera.
Mais tu ne le saura jamais.
Tu n'a jamais pu savoir que j'écrirai cela.
Tu n'aurai jamais imaginé que je pensais cela.
Tu ne le saura jamais.
Parce que tu es mort.
Et ça me révolte. Ça m'attiste. Ça me déprime. Ça m'énerve. Ça me donne envie de hurler. De tout casser. De me casser. De disparaître. De te parler. De pleurer. D'effacer cette souffrance. De vivre cette souffrance pour toujours.
Je veux que tu saches des choses en sachant que tu ne les saura jamais.
Toi, ●●●●, ne pas savoir ? Ne pas vivre. Ne pas être.
Ne pas te rappeler. Ne pas penser.
Ta liberté a été volée. Tu a été ôté de nos vies. Ta vie a été volée.
Par quoi? Bordel, par quoi? Comment ? Comment ça s'est passé, putain? Est-ce que tu savais que tu étais en train de mourir ? Est ce que ta mort à été lente ? Est-ce que tu as essayé de bouger en te rendant compte que tu ne pouvais pas ? Quelles ont été tes dernières pensées ? Tes dernières volontées ? Tes derniers messages à faire passer ?
Pourquoi es-tu mort? À quelle heure ? Dans quelles circonstances ? Dans quel contexte ?
Pourquoi je veux savoir ça ? En ai-je besoin? Une partie de moi en a besoin. Vraiment besoin. Mais une partie de moi a peur des réponses. Peu importe. Je veux savoir. Mais si je ne peux pas avoir les réponses, je l'accepterai.
Je n'étais pas proche de toi réellement, après tout.
Bien que je le souhaitais depuis toujours et jusqu'à toujours.
・・・・
Je m'adresse à un mort qui n'avait que faire de moi.
Quelle ironie.
Malgré cette absence de réelle proximité entre nous, mon envie d'aller vers toi est dévastée.
Je suis dévastée. Attristée.
Très attristée.
Je considérais de nombreux points communs entre toi et moi.
Insignifiants mais qui me marquaient.
Insignifiants mais marquants.
Je gardais ces réflexions pour moi.
Je ne t'en ai jamais fait part.
Est-ce une erreur ?
Dois-je le regretter ?
Aucune idée. Je suis perdue.
Perdue.
Et je pleure.
Encore.
Encore.
Nous pleurons parce que tu comptes pour nous.
Et parce que tu ne l'as jamais su.
