Sur l’abrupte falaise où vit l’ordre sauvage,
J’aperçois bien souvent, sous les plis du brouillard,
Deux loups de nacre aux yeux sertis de diamant.
Et je me suis épris de ce lointain mirage.
Leurs regards glacés me transpercent, sans égard.
Captif, je vis au cœur de ce monde éclatant.
Au secret des vallons où l’herbe se déchire,
Je traque leur présence en un monde éternel,
Guettant leurs noirs regards, mais je les vois s'enfuir.
Leurs yeux profonds et froids attisent mon délire
Quand leur trace s’efface au-delà du réel,
Dans cet abîme obscur où je les vois pâlir.
Enveloppé tout entier d’une brume si tiède,
Au vertige je cède, et guette leur ombrage
Qui m’enferme vivant dans une nuit céleste.
Ô qu'ils reviennent en ce rêve qui m’obsède !
Mais je demeure seul, immobile au rivage
Et garde dans ma chair un souvenir funeste.
Sous la voûte des cieux, j'espère les revoir
Restant à tout jamais hanté par leur passage.
Je les cherche encor dans la brume qui descend.
Nulle fleur en ces lieux ne vient troubler le soir.
Je demeure en silence au cœur de cet orage,
Dans ce songe égaré qui se perd dans le vent.
Point d’églantine ici, ni de pourpre non plus
Seul un soupir glacé s'attarde dans mes nuits.
Nulle fleur ne répond sur la lande sereine,
Rien qu’un vent de frimas descend sur le sol nu
M'offrant un bref répit où mon blâme s’oublie
Quand la lande frémit sous la lune lointaine.
2026 © ManacheP
