Il est des silences plus lourds que les orages,
Des fauteuils devenus des royaumes déserts.
Ton absence a gravé son nom sur chaque page,
Et le temps lit encore ton sourire à l'envers.
Je te cherche parfois dans la voix des étoiles,
Dans un parfum discret que le vent fait passer.
Le ciel ouvre le soir ses immenses grand-voiles,
Comme s'il savait bien ce que j'essaie de cacher.
Les saisons ont changé leurs couleurs familières,
Mais mon cœur est resté sur le quai d'autrefois.
Je souris aux vivants, j'éclaire leurs hivers,
Tout en gardant la nuit profondément en moi.
On dit que les départs apprennent la sagesse,
Qu'ils sculptent dans nos jours des chemins apaisés.
Pourtant chaque matin ravive une faiblesse,
Celle de prononcer ton prénom en secret.
Tu n'es plus dans mes bras, mais tu vis dans ma sève,
Dans chacun de mes mots, dans chacun de mes pas.
Tu habites mes nuits comme on habite un rêve
Qui refuse obstinément de connaître son trépas.
Alors je vais marcher jusqu'au bout de la route,
En portant ton écho comme un feu sous ma peau.
Car aimer, c'est garder une lumière sans doute,
Même lorsque le ciel s'habille de tombeaux.
Et si nos deux destins se retrouvent un jour,
Au-delà des frontières où s'effacent les peines,
Je viendrai te parler sans colère et sans détour,
Comme un enfant retrouvant le jardin de ses veines.
