Photo de Camille Grégoire
Poème écrit par Camille Grégoire

À contre-sens

4
Elle est née

avec quelque chose

que personne ne voyait

Les arbres

n'apprenaient jamais

à devenir des arbres.

Les fleurs
ne s'excusaient jamais
de fleurir.

Les rivières
retrouvaient la mer
sans jamais douter
du chemin.

Tout semblait

ignorer

qu'il pouvait exister

une autre manière

d'être.

Sauf elle.

Elle grandissait
comme une question
au milieu
d'une phrase
déjà terminée.

à contre-sens.

Les années
passèrent.

sans bruit.

avant d’apprendre qui elle était,
elle apprit à ne pas l’être.

Elle respirait.

C'était suffisant
pour vivre.

Jamais pour exister.

Elle récitait
une langue
dont chaque mot
l'éloignait
un peu plus d'elle-même.

Elle portait son nom

comme on porte

un vêtement trouvé.

À la bonne taille.

Jamais à la bonne peau.

puis il y eut

cette désobéissance.

Infime.

Presque tendre.

Son cœur
prenait parfois
quelques battements
d'avance.

Elle détournait
les yeux.

Lui,
jamais.

Il cognait
contre ses côtes
avec l'obstination
des choses
qui veulent naître.

il retenait
ce qu'elle s'efforçait
d'oublier.

Alors,
elle s'en allait.

Comme on referme
un livre
qu'on n'a pas
le droit d'emporter.

Le manteau
retrouvait
sa menteuse.

Le sourire

son mensonge.

Et le monde
la version
qu'il préférait.

Certains appelleraient cela

un crime.

D'autres,

un péché.

D'autres encore,

une maladie

dont les livres

ont fini par rougir.

Pourtant,
ce n'était jamais

qu'un cœur

qui refusait 
de mentir.

Et tout ce vacarme,

pour une femme

qui en aimait une autre.

Tous droits réservés © Poème posté le 08/08/2026 par Camille Grégoire

...