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Poème écrit par Besac

L'atelier des chimères

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Tirade de l'invisible...

Au fond de l'atelier où sommeillent les songes,
On façonne le temps, les regrets, les mensonges ;
Chaque outil dans la main dompte un souffle incertain,
Et donne un poids nouveau aux ombres de chacun.

Ici naît un métal forgé dans la mémoire,
Un fil tiré des nuits, une étoffe d’espoir ;
Les mains savent tailler ce que l’œil ne peut voir,
L'invisible prend corps au creux d’un vieux tiroir :

Boulanger

Main au cœur de la mie, il lui parle, contrit :
« Ce n’est pas une vie, et pourtant je pétris. »

Jardinier

Ses rêves confidents ensemencent l’aurore,
Où poussent des pensées que nul ne voit éclore.

Marin

Le cœur gros, démonté et brisé par la mer,
Écope ses soucis dans un vieux seau de fer.

Boucher

Appuyé à l'étal, sans faire de quartier,
Il tranche un lendemain qui ne sera entier.

Menuisier

Patiemment, il rabote un regret trop noueux,
Qui s’effeuille en copeaux, fins et silencieux.

Facteur

Le messager du jour, perdu dans son courrier,
Va poster le secret qu’on n’ose déplier.

Forgeron

Là, même le plus fort, bat le doute à l’enclume,
Jusqu’à tirer du noir une étoile de brume.

Vitrier

Sans fin, le diamant découpe un ciel froissé,
Et laisse dans ses mains les éclats du passé.

Granitier

L’écho sec et lointain résonne au fond du corps,
Mais les éclats muets s’endorment sans remords.

Cordonnier

Sans relâche il recoud les chemins dispersés,
Afin que les adieux puissent être chaussés.

Couvreur

Son goudron sur les toits a vu tant de chimères,
Qu’il tient bon sous le poids des pluies de nos misères.

Verrier

Soufflés à l’oreille, les songes transparents,
Vont prendre dans le feu la forme du présent.

Potier

Le pied tourne la roue des silences dociles,
La main donne au visage un contour plus fragile.

Horloger

Dans ses doigts le temps mort cherche encor la seconde,
Et replace en son cœur l’aiguille vagabonde.

Lingère du jour

Il lui faut du tissu ravauder les absences,
Avec le fil tiré de ses impatiences.

Poète du soir

Artisan lui aussi, il couche ici ses vers,
Et boit l’encre des nuits qui stagne dans son verre.

Tous droits réservés © Poème posté le 18/06/2026 par Besac

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