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Le culte de l'excuse
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L'un prolonge au café son entretien charmant,
L'autre arrive en retard lorsque chacun l'attend ;
Le tort paraît léger, presque insignifiant,
Mais le geste en dit long à l'esprit qui l'entend.

« Tu permets, s'il te plaît ? Je prends ma pause, là.
Ça va sonner bientôt ; demain, on verra ça. »

Le mal n'est point le fait : il est dans le principe,
Esprit du « à quoi bon ? » qui partout s'émancipe.
Priant que tel projet n'aille point jusqu'au bout,
On se complaît d'avance avec l'échec de tout.

« Hé ! vous demandez trop ; je fais ce que je peux.
On ne peut tout avoir, ni faire ce qu'on veut. »

Pour soi l'on veut rigueur, exactitude et soin,
Pour autrui l'on consent à différer sans fin.
Et l'on nomme raison ce discret abandon
Qui prête au laxisme le masque du pardon.

Certes, il est des jours où le fardeau nous plie,
Où le corps se refuse, où l'âme est affaiblie ;
La misère parfois, le deuil ou le chagrin
Font chanceler les pas des plus fermes humains.

Mais l'abus sait toujours emprunter ce chemin :
Le prétexte se glisse où s'ouvrait le soutien.

« Les choses ont changé ; faut vivre avec son temps !
Pourquoi tant s'obstiner à rester exigeant ? »

L'excuse a revêtu les habits du civisme,
La jeunesse en reprend vite le mimétisme ;
Qui sert encore bien souligne les excès,
Son exemple à la fin lui vaut quelque procès.

« Pourquoi donc travailler davantage aujourd'hui ?
Traité tel un esclave : voilà ce que je suis. »

Alors l'on prend à part qui remplit son devoir,
Sa constance devient une offense au miroir.
Ainsi l'on met au ban cet intègre importun,
Et le vice est absous : « diabolisons l'un ! »

« Un quart d'heure n'est rien pour qui serre le poing ;
Pas dispo maintenant : je reprends le turbin ! »

Tous droits réservés © Poème posté le 02/06/2026 par Besac

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