Dialogue avec la muse
Le poète
D'après vous, ma douce, où se cache
La beauté ? Est-elle artifice,
Soumise à nos goûts et caprices,
Ou est-elle, sans qu'on le sache ?
La muse
D'après vous, tendre ami, suis-je belle sans vous ;
Sans un œil pour sourire aux ombres que mes seins
Font descendre, dès l'aube, jusqu'à mon bassin ;
Sans, lorsque me voyez, vos emportements fous ?
Et le serais-je moins à vos yeux, si l'essaim
N'avait pas votre avis ? Pendez-vous à mon cou
Comme un mouton suivrait son troupeau vers le loup,
Sans discerner nos charmes, tous deux assassins ?
Chantez moi à l'aurore, et encore à midi ;
Chantez moi même alors qu'au milieu de la nuit
L'obscurité dérobe à vos regards mon corps:
Car vous savez déjà - et devinez toujours,
Qu'aveugle le soleil, qu'éblouisse l'Amour,
Ou que manquent les deux - la noblesse de l'or.
Le poète
Je sais et devine un bijou,
Cela même alors qu'à dessein
Il conserve en son propre sein
Tout ce qui de lui rendrait saoul.
Et, s'il faut ne pas être sain
Pour ne pas trouver à son goût
Certaines beautés, toujours vous
Plairez: contre ça, nul vaccin;
Ni l'absence ni la folie,
Ni l'inexistence - c'est dit ! -,
Ni même, à la fin, votre mort;
Rien n'empêchera qu'un beau jour
Tous disent, sans plus de détour,
Qu'il n'est point de plus beau trésor.
La muse
Cependant, doux poète, admire mes délices:
Ils sont là seulement pour qu'à moi tu t'attaches.
Tout le monde s'y prend: les héros et les lâches
Ont alors en commun les rêves et les vices.
D'après vous, ma douce, où se cache
La beauté ? Est-elle artifice,
Soumise à nos goûts et caprices,
Ou est-elle, sans qu'on le sache ?
La muse
D'après vous, tendre ami, suis-je belle sans vous ;
Sans un œil pour sourire aux ombres que mes seins
Font descendre, dès l'aube, jusqu'à mon bassin ;
Sans, lorsque me voyez, vos emportements fous ?
Et le serais-je moins à vos yeux, si l'essaim
N'avait pas votre avis ? Pendez-vous à mon cou
Comme un mouton suivrait son troupeau vers le loup,
Sans discerner nos charmes, tous deux assassins ?
Chantez moi à l'aurore, et encore à midi ;
Chantez moi même alors qu'au milieu de la nuit
L'obscurité dérobe à vos regards mon corps:
Car vous savez déjà - et devinez toujours,
Qu'aveugle le soleil, qu'éblouisse l'Amour,
Ou que manquent les deux - la noblesse de l'or.
Le poète
Je sais et devine un bijou,
Cela même alors qu'à dessein
Il conserve en son propre sein
Tout ce qui de lui rendrait saoul.
Et, s'il faut ne pas être sain
Pour ne pas trouver à son goût
Certaines beautés, toujours vous
Plairez: contre ça, nul vaccin;
Ni l'absence ni la folie,
Ni l'inexistence - c'est dit ! -,
Ni même, à la fin, votre mort;
Rien n'empêchera qu'un beau jour
Tous disent, sans plus de détour,
Qu'il n'est point de plus beau trésor.
La muse
Cependant, doux poète, admire mes délices:
Ils sont là seulement pour qu'à moi tu t'attaches.
Tout le monde s'y prend: les héros et les lâches
Ont alors en commun les rêves et les vices.
