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RAGE
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Rage

J’ai mordu dans le monde comme dans une plaie purulente
J’ai voulu arracher les racines de la vie avec mes dents
J’ai hurlé contre les injustices, les lois, l’ordre moral
Et ma voix revenait, cassée, comme un écho qui refuse de mourir

J’ai traîné la beauté dans la boue, l’ai forcée à me regarder
je lui ai craché mon dégoût, mes fièvres, mes délires agités
mais elle restait là, insupportable, intacte, presque moqueuse
et c’est moi qui me déformais, à m’en laidir sous son mépris

Je voulais brûler, être incandescent, devenir incendie
Dévaster toute vérité jusqu’à l’oubli total, le néant
Mais le feu que j’ai allumé m’a dévoré de l’intérieur
et je suis devenu la cendre, moi qui prenait pour la flamme

J’ai refusé Dieu avec rage, le reniant jusqu’au parjure
J’ai refusé les hommes, leurs principes et leur limites
j’ai refusé ce muscle qui bat dans mon corps fatigué
Et dans ce refus, je me suis enfermé dans ma propre prison

Les visions arrivaient comme des poignards, des vipères
Elles éclataient dans mon crâne, magnifiques et hideuses
Je croyais voir plus loin, je ne faisais que tomber dans l’abime
Et chaque décharge mentale était une implosion du cerveau

Je n’avais plus de langage, les mots se fracassaient entre eux
Ne plus savoir penser sans me détruire dans la même seconde
Tout devenait trop proche, trop vif, trop vrai pour être supporté
A se débattre, livrer un combat intérieur sans réelle échappatoire

Alors j’ai compris, non la réalité mais la fracture
il n’y a rien à sauver quand on veut se détruire
Point de victoire dans la négation, juste un gouffre
et j’étais cet aven, ouvert, sans fond, sans trêve

J’ai renié mes illusions, mes aberrations neuronales
Je me croyais autre, différent de tous mes congénères
Et je n’étais qu’une épave échouée, quelle atroce lucidité
Le regard d’un nouveau jour qui ne veut pas mourir au soleil

Alors j’avance, malgré les séquelles qui cicatrisent lentement
Un homme qui se redresse, la rage est un mauvais conseiller
Cette pensée obsessionnelle presque insupportable
j’ai voulu tout consumer et c’est moi qui demeure ainsi

© Poème posté le 27/04/2026 par Gonzague

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