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Qui Ose Dire Que Le Repassage Est Une Corvée ?
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C’est l’histoire d’une table et d’un fer.
Avec un certain savoir, je vous la raconte en vers.
Plaçons d’abord le décor sous la lumière,
La buanderie ferait bien notre affaire.

Je déplie la planche pour en faire un lit,
Et c’est là que commence mon récit. Enfin,
Je voulais dire, naît ma poésie,
Ou plutôt le commencement de mon écrit.

Pour dompter la parure, j’ignore l’usage,
Je commence à l’envers ce brûlant voyage.
Point de face d’abord, mais l’envers du décor,
Là où l’étoffe cache ses plus tendres trésors.

Je guide mon fer sur les revers les plus fins,
Frôlant les coutures aux secrets clandestins.
C’est par l’arrière, voyez-vous, que mon jeu commence,
Dans cette marche à rebours, cette douce insolence.

Sous mes doigts, le métal se fait plume en touchant la dentelle,
Je salue les secrets des dessous de ma belle.
Je contourne le froufrou, j’évite le faux pas,
Pour ne pas froisser l’ombre d’un délicat bas.

Sous son ventre d’acier, la toile s’abandonne,
À ce rythme lent que ma main lui ordonne.
Une fois le revers lissé de toutes parts,
Je retourne la belle sous mon métal hagard.

Et l’endroit s’offre enfin, tout à fait mis à nu,
M’offrant, ravi, ce que je n’avais qu’entraperçu.
J’écoute le soupir du lin qui se rend,
À mon baiser de feu, aussi doux que pressant.

Mais au-delà du fer et de cette vaine ardeur,
Je ne cherche en secret que la vraie profondeur.
Car si je lisse ainsi la soie et le satin,
C’est pour mieux préparer l’écrin de nos matins.

L’acier refroidira, sa tâche étant finie,
Laissant place au frisson, à l’humaine harmonie.
Car rien ne vaut le grain, la fièvre et le toucher,
Du corps qui, sous le lin, vient enfin se cacher.

© Poème posté le 26/04/2026 par Estehesse

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