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Discours de la Jeunesse
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Être soi-même. Aujourd’hui, ce n'est plus une évidence, c’est déjà un combat. On oublie souvent que pour beaucoup d'entre nous, la lutte est de chaque pas. C’est lutter simplement pour exister sans masque et sans peur, pour laisser battre, enfin, la vérité de notre cœur. Nous grandissons dans un monde instable et abîmé, parfois violent, souvent sombre, et toujours opprimé. Ce monde, nous ne l’avons pas choisi, c’est notre héritage, mais c’est à nous, aujourd'hui, d’en tourner la page. La planète est fragile, les inégalités sont là, la confiance est brisée, elle ne pèse plus un poids. Et pourtant, c’est à nous que revient la mission, de réparer les chutes avec force et passion. Réparer le cassé, relever ce qui est tombé, corriger l’ignoré, le mépris trop longtemps gardé. Nous avançons chargés des décisions d'autrefois, mais c’est nous qui portons les conséquences et leurs lois.

À cela s'ajoute le fiel de notre quotidien, le harcèlement qui ronge et ne lâche jamais rien. À l’école, sur les réseaux, ce mal ne s’arrête pas, même rentrés chez nous, il suit chacun de nos pas. Et pour nous tous, la pression de vite réussir, de choisir sans l'erreur, sans jamais tressaillir, dans un monde qui ne laisse plus de place au pardon. Le regard des autres est devenu notre prison. Amplifié par les réseaux, où l’on compare nos vies, nos corps et nos succès jusqu'à en être asservis, jusqu’à nous perdre nous-mêmes dans ce flot de clichés. Beaucoup apprennent tôt à rester bien cachés, à se taire, à encaisser, à faire semblant d'être forts, quand à l’intérieur, tout n'est que cris et remords.

Dans ce contexte, se battre pour être soi, devient une cause immense, une quête et une loi. Oser être différent, assumer ce que l'on sent, ce que l'on aime au fond, demande un courage ardent. Trop souvent, dans les cases, nous devons nous effacer, nous censurer encore pour ne rien déranger, nous modifier enfin pour être acceptés. Mais se battre pour soi, c’est refuser d'être jetés. C’est vouloir vivre sans honte et sans le froid du rejet, vivre sans avoir peur d'être un simple objet.

Mesdames, Messieurs, vous qui êtes ici présents, vous avez, vous aussi, connu les jours de vos seize ans. Il ne s’agit pas de dire que tout était plus facile, chaque génération a ses tourments et ses périls. Mais ce n’était pas la même époque, le même temps. Vous avez grandi dans un monde plus clément, où l’erreur restait privée, loin des yeux du public, où l’on pouvait tomber sans ce buzz frénétique, où l’avenir, au moins, semblait un peu plus lisible. Aujourd’hui, le faux pas est filmé, il est visible, chaque différence devient une cible à frapper. Ce n'est pas une fragilité, c'est un monde à décrypter. Une réalité différente qui demande d’écouter, plutôt que de juger ou de vouloir comparer.

Mais alors ? Avons-nous encore des causes à défendre ? La réponse est un oui que l'on doit faire entendre. Il y a des combats que l’on mène en secret, continuer les cours malgré l’angoisse et les regrets, refuser de se laisser briser par la violence, qu’elle soit physique ou mentale, briser le silence, apprendre à s’aimer quand le monde nous dévalue. Et puis il y a l'extérieur, quand la révolte est due, quand le cœur déborde et que l’injustice est trop lourde, quand face à nos appels, la société reste sourde. C’est descendre dans la rue pour sauver le climat, dénoncer les horreurs, refuser les climats d’inégalité, de haine, et prendre la parole, quand tout nous pousse à nous taire dans notre rôle. Ce n'est pas de la provocation, c’est un appel, un cri pour être vus sous un jour plus réel. Nos causes sont la justice, la dignité, l’avenir, la possibilité de vivre sans avoir à pâlir.

Contrairement aux idées reçues, nous sommes lucides, l'engagement est là, malgré les temps arides. Il ne prend pas toujours la forme de la manifestation, il est dans la persévérance et dans l'action, dans l’entraide et la voix que nous osons enfin lever. Avancer et apprendre, et continuer d’espérer, malgré les tempêtes, c’est déjà résister. Pourtant, malgré tout, la tristesse vient nous frôler, une ombre silencieuse que l’on ne peut pas hurler. Certains se sentent seuls au milieu de la foule, perdus dans ce courant où le temps se déroule. Ils se demandent s’ils seront un jour à la hauteur, s’ils ont vraiment leur place ou s’ils font une erreur. D’autres portent des plaies que l’on ne peut pas voir, nées des mots, des mépris, de l'absence d’espoir. Ce n'est pas la paresse, c'est le poids de cette ère, qui demande tant de nous, sans être une mère.

Mesdames et Messieurs les enseignants, ici réunis, vous voyez nos doutes et nos cœurs débrunis. Et à nous, il revient cette tâche insensée : ne pas laisser ce monde abîmer notre pensée, ne pas oublier qui nous sommes dans ce vacarme. Alors oui, nous luttons, et les mots sont nos armes. Pour réparer le monde, pour le rendre vivable, pour ce droit si vital, si pur et indispensable : le droit d'exister enfin sans avoir jamais peur. Le droit d'être nous-mêmes, sans fard et sans douleur, sans avoir à se cacher ou à se justifier. Car un monde qui oblige ses enfants à lutter, juste pour exister, doit apprendre à changer, et regarder sa jeunesse sans jamais la juger.

© Poème posté le 16/04/2026 par NayaCrest

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