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Ce n’était qu’un voyage
1

Rencontré par hasard le long des quais,
Deux âmes libres comme les jubartes.
Portés par les alizés qui soufflaient,
On a pris la mer, sans cap et sans cartes.

Un voyage né de la providence,
Deux navigateurs liés par l'évidence.
Notre confiance valait mille gages,
Notre nef insoumise aux naufrages.

Rappelés chacun vers notre mouillage,
Notre nef attendait dans le sillage.

Qu'importent nos ports, qu'importent les lieux,
Dès que la vie nous offrait une escale,
Sur notre navire on voguait à deux,
Sur une mer et des flots de percales.

Je constate seulement aujourd'hui,
Qu'en ces moments où ma lanterne luit,
Heureux de naviguer et de te voir,
Toi tu pâlissais, sombrant dans le noir.

Tu n'étais déjà plus vraiment ici,
Seul je scrutais les premières élicies.

Les maux du large devenus orage,
En ces temps tu m'as parlé de ton chancre,
Halte à ce voyage, cap sur rivage,
Pris de court, contraint de mouiller notre ancre.

Quinze jours à stagner dans la tempête,
Tu t'es isolée, perdue dans ta tête.
Moi, amarré à toi dans cette entrave,
J'écopais seul pour soulager l'étrave.

A bout, je t’ai confié mon oraison,
Sereine, tu souriais à l'horizon.

Ce silence m'a laissé corps meurtri,
Dans un élan de pure haine et rage,
Notre bateau c’est moi qui l’ai détruit,
Précipitant notre nef au naufrage.

Dérive sans fin sur ces eaux moroses,
Errant, l’esprit aux mains de la névrose
Je portais mon bachi seul sur les flots,
Esquivant mes plus proches matelots.

Le courant a charrié mon corps inerte,
Me recrachant sur cette île déserte.

Rien ni personne, sur ce bout de terre,
Un paysage de vase et de sagne.
Ce lieu me faisait regretter la mer,
Il me fallait fuir cet horrible bagne.

Miracle, une yole fit face au large,
Je plongeai sitôt à son abordage.
À son pont, une femme me souriait,
De la rejoindre je la suppliais.

Elle parut d'abord très intriguée,
Mais accepta de me faire grimper.

Des soirées à contempler les étoiles,
Deux inconnus narrant leur souvenir.
Elle m’a parlé de mettre les voiles,
J’ai prétexté ne pas pouvoir venir.

Au fond de moi je venais de comprendre,
Que fuir sur la toute première bélandre,
Ne mettrait pas un terme à mon exil,
Qu'il me fallait m’approprier cette île.

Sur ma plage j’ai bâti un abri,
Jour après jour, j'apaisais mon esprit.

Mais un soir une bouteille s'échoua,
Quelques mots signés de tes initiales,
Ressentir des regrets tu m’avouas.
Ce naufrage n’est pas le point final ?

Aveuglé je courus vers l'océan.
Vers toi je nageais à contre-courant.
Puis un éclair lucide me cloua.
Ces mots prouvent ils que tu penses à moi ?

Je rentrai résolu à mon abri,
Si tu regrettais, tu serais ici…
Un poème sur un voyage inattendu qui change à jamais celui qui en revient

© Poème posté le 14/04/2026 par LeZoreol

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