Les Thugs
1
La base de toute initiation est la seconde mort.
MIRCEA ELIADE, Traité d’Histoire des Religions
I
Sur le sol nourricier sévit Rakta Bīja,
Asura primordial qui captive le monde
Et se lie aux humains tel un requin dans l’onde
En humant le constant et pénible raja.
Kālī, la Mère Noire, associée à Śiva,
Plantant ses crocs en sa nature furibonde
Et vidant tout son sang, voit que ses pairs inondent
À nouveau le pays et froissent le deva.
Déchirant son sari, la déesse abattue
Enfante quelques thugs puis enseigne qu’on tue
En étranglant ce monstre avec son vêtement.
Ses disciples zélés arpentent lors les routes
Et, de leurs fronts sacrés, n’émettent aucuns doutes
Quand sur des voyageurs s’abat leur nœud coulant.
II
Six cent ans sont passés au pays du santal
Et les os par milliers affleurent chaque allée,
Les convois à l’arrêt sous la lune voilée
Craignent que des dévots les ceignent du ruhmal.
Des brahmanes, gagnés par un culte vital,
Prennent aux assassins la richesse pillée,
Les enfants des démons, la volonté pliée,
Sont initiés au rite et combattent le mal.
Plusieurs maharajas, face à cette folie
Croyant par la terreur anéantir la lie,
Ne purent s’opposer à ces groupes fervents.
Attroupés calmement à l’ombre d’une place,
Ils scrutaient tout autour une personne lasse
Troublant à leur regard le monde des vivants.
MIRCEA ELIADE, Traité d’Histoire des Religions
I
Sur le sol nourricier sévit Rakta Bīja,
Asura primordial qui captive le monde
Et se lie aux humains tel un requin dans l’onde
En humant le constant et pénible raja.
Kālī, la Mère Noire, associée à Śiva,
Plantant ses crocs en sa nature furibonde
Et vidant tout son sang, voit que ses pairs inondent
À nouveau le pays et froissent le deva.
Déchirant son sari, la déesse abattue
Enfante quelques thugs puis enseigne qu’on tue
En étranglant ce monstre avec son vêtement.
Ses disciples zélés arpentent lors les routes
Et, de leurs fronts sacrés, n’émettent aucuns doutes
Quand sur des voyageurs s’abat leur nœud coulant.
II
Six cent ans sont passés au pays du santal
Et les os par milliers affleurent chaque allée,
Les convois à l’arrêt sous la lune voilée
Craignent que des dévots les ceignent du ruhmal.
Des brahmanes, gagnés par un culte vital,
Prennent aux assassins la richesse pillée,
Les enfants des démons, la volonté pliée,
Sont initiés au rite et combattent le mal.
Plusieurs maharajas, face à cette folie
Croyant par la terreur anéantir la lie,
Ne purent s’opposer à ces groupes fervents.
Attroupés calmement à l’ombre d’une place,
Ils scrutaient tout autour une personne lasse
Troublant à leur regard le monde des vivants.
