L'odeur du café
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Aujourd’hui j’ai offert un café et une pâtisserie à une patiente dont j’avais la charge.
Nous attendions qu’un vieux monsieur termine sa consultation.
La dame avait la maladie d’Alzheimer.
Je lui ai dit qu’elle ne se souviendrait sans doute jamais de ce café ni de cette tartelette au citron meringuée.
Elle a souri et a dit : vous êtes tellement gentil.
Elle répétait cette phrase encore et encore, avec un sourire non feint mais l'air hébété.
"Vous êtes tellement gentil" c’était là son unique tirade.
Pourtant, à notre arrivée à la maison de repos (entre-temps, nous avions déposé l'homme à son domicile), elle ne comprenait pas pourquoi je ne la ramenais pas chez elle, ni pourquoi sa sœur n’était pas là pour l’accueillir.
sa sœur morte il y a trois ans.
Elle commençait à s’agiter alors je lui ai dit que tout irait bien, ce qui était un horrible mensonge, et je l’ai laissée aux bons soins des aides-soignantes dont tout ce qui sort de la bouche semble avoir été écrit à l’avance.
De retour dans la voiture, seul, le versant ombragé de ma mémoire a ressurgi.
J’ai pensé au nombre de fois où l’on m’a tiré d’affaire,
où quelqu’un a sorti ma voiture du fossé,
aux innombrables fois où, pas gentil pour un sou, j’ai pourri la soirée, rond comme une queue de pelle, étalé sur le sol glacé, et où malgré tout des bras et une épaule m’ont installé sur une banquette et ont tiré une couverture sur moi.
Combien de fois ai-je survécu à l’hypothermie, à l’overdose ou au coma sans le savoir, grâce à la bienveillance d’un ami ou d’un inconnu que je ne rencontrerai jamais ?
J’ai perdu le compte.
Mais je tiens à ce que tous soient ici remerciés.
Je voudrais pouvoir offrir à chacun une tarte au citron meringuée et respirer avec eux la sainte odeur du café.
Nous attendions qu’un vieux monsieur termine sa consultation.
La dame avait la maladie d’Alzheimer.
Je lui ai dit qu’elle ne se souviendrait sans doute jamais de ce café ni de cette tartelette au citron meringuée.
Elle a souri et a dit : vous êtes tellement gentil.
Elle répétait cette phrase encore et encore, avec un sourire non feint mais l'air hébété.
"Vous êtes tellement gentil" c’était là son unique tirade.
Pourtant, à notre arrivée à la maison de repos (entre-temps, nous avions déposé l'homme à son domicile), elle ne comprenait pas pourquoi je ne la ramenais pas chez elle, ni pourquoi sa sœur n’était pas là pour l’accueillir.
sa sœur morte il y a trois ans.
Elle commençait à s’agiter alors je lui ai dit que tout irait bien, ce qui était un horrible mensonge, et je l’ai laissée aux bons soins des aides-soignantes dont tout ce qui sort de la bouche semble avoir été écrit à l’avance.
De retour dans la voiture, seul, le versant ombragé de ma mémoire a ressurgi.
J’ai pensé au nombre de fois où l’on m’a tiré d’affaire,
où quelqu’un a sorti ma voiture du fossé,
aux innombrables fois où, pas gentil pour un sou, j’ai pourri la soirée, rond comme une queue de pelle, étalé sur le sol glacé, et où malgré tout des bras et une épaule m’ont installé sur une banquette et ont tiré une couverture sur moi.
Combien de fois ai-je survécu à l’hypothermie, à l’overdose ou au coma sans le savoir, grâce à la bienveillance d’un ami ou d’un inconnu que je ne rencontrerai jamais ?
J’ai perdu le compte.
Mais je tiens à ce que tous soient ici remerciés.
Je voudrais pouvoir offrir à chacun une tarte au citron meringuée et respirer avec eux la sainte odeur du café.
