C’est presque rien, pourtant c’est presque tout,
Cette seconde en trop qui tremble entre deux jours,
Un souffle retenu, un silence à genoux
Où l’amour vient s’asseoir sans promesse de retour.
Personne ne la voit, personne ne l’attend,
Elle passe sans témoin, fragile et souveraine,
On ne sait par qui elle est vécue vraiment,
Et même le temps doute de ce qu’elle entraîne.
Car le temps se moque bien du soir et du matin,
Il glisse, indifférent, sur nos chairs amoureuses,
Il efface l’avant, il dévore les lendemains,
Et laisse l’après nu, pressé, déjà autre chose.
Après avoir aimé, le monde va trop vite,
On range les élans, on referme le cœur,
On zappe la chaleur, comme une vieille visite,
De peur qu’un souvenir nous parle trop longtemps.
Alors la seconde reste, encore tiède, encore là,
Suspendue à l’endroit où le cœur s’est ouvert,
Pendant que les visages passent et ne voient pas
Qu’un bonheur a vécu — et refuse de se taire.
Le temps rira toujours de nos fragiles repères,
Mais l’amour, lui, persiste, si humble et si profond.
Il a, face à ce monde qui s’empresse et s’égare,
Toujours, sur le temps, une seconde de retard.
