Conquista
2
Lorsque je vivais solitaire
Loin de mes frères les humains,
Sur une lande de bruyère
Abandonnée des grands chemins,
J'avais fait la rencontre indue
D'une jeune jument sauvage
Qui était comme moi perdue
Dans cet immense paysage.
La prime surprise passée,
Nous réalisâmes sans aide
Qu'une amitié se peut tisser
Entre un homme et un quadrupède.
Lors, me fiant au Petit Prince
Et à son ami le renard,
Je fis les gestes qui évincent
Toute appréhension de départ.
Et je vis bientôt la gourmande
Me venir manger dans la main
Les graminées que, pour provende,
Je glanais en un tournemain.
Ainsi, moi qui étais moqueur
De cette engeance d'opérette,
Je fus à mon tour séducteur
Pour m'essayer à la conquête.
J'appris à monter sur son dos,
Les doigts noués à sa crinière,
Pour la suivre dans ses galops
Sur le tapis gras des tourbières.
Ces cavalcades frénétiques
Me laissaient gris de liberté
Avec un rire sardonique
Du fond des tripes, remonté.
Je ne vois, avec la distance,
Pas d'image plus affinée
Pour témoigner de l'insouciance
Qui brûla nos vertes années.
Je me souviens de ma jolie
Quand elle s'ébrouait d'extase
Sous des caresses anoblies
Qui m'étaient soufflées par Pégase.
Elle réclamait ces séances
De cajolerie en piaffant
Et j'étais dans l’incompétence
De braver son air triomphant.
J'ai la mémoire du toucher
Et, par la pensée, mes mains lissent
Encore le crin panaché
D'éclats luisants de sa pelisse.
Elles se refont patelines
Pour parcourir sans renâcler
La ligne torve de l'échine
Ou flatter la croupe musclée.
Je la revois ma toute belle,
Les quatre sabots dans les airs,
Étriller sa robe isabelle
Dans l'herbe drue du matin clair
C'était une tête de mule
Mais, pour ce défaut d'équidé,
J'avoue que j'étais son émule
Et qu'il m'arrivait de bouder.
Mais elle savait mettre un frein
A mon humeur empoisonnée
En bousculant de son chanfrein
Mon dos, sur elle, retourné.
Impossible, alors, de briguer
Une quelconque résistance
Et force m'est de divulguer
Que j'étais sous sa dépendance.
Mais fatalement vint le jour
Où un étalon de passage
Brisa mon rêve sans détour
En enlevant cette volage.
J'ai depuis rejoint les humains
Pour être, à la raison, fidèle,
Mais bien qu'en ayant connu maint,
Je n'ai pu me défaire d'elle
Car son souvenir est lié
A ma jeunesse un peu rebelle,
Période qui, même spoliée,
Reste pour chacun la plus belle.
Loin de mes frères les humains,
Sur une lande de bruyère
Abandonnée des grands chemins,
J'avais fait la rencontre indue
D'une jeune jument sauvage
Qui était comme moi perdue
Dans cet immense paysage.
La prime surprise passée,
Nous réalisâmes sans aide
Qu'une amitié se peut tisser
Entre un homme et un quadrupède.
Lors, me fiant au Petit Prince
Et à son ami le renard,
Je fis les gestes qui évincent
Toute appréhension de départ.
Et je vis bientôt la gourmande
Me venir manger dans la main
Les graminées que, pour provende,
Je glanais en un tournemain.
Ainsi, moi qui étais moqueur
De cette engeance d'opérette,
Je fus à mon tour séducteur
Pour m'essayer à la conquête.
J'appris à monter sur son dos,
Les doigts noués à sa crinière,
Pour la suivre dans ses galops
Sur le tapis gras des tourbières.
Ces cavalcades frénétiques
Me laissaient gris de liberté
Avec un rire sardonique
Du fond des tripes, remonté.
Je ne vois, avec la distance,
Pas d'image plus affinée
Pour témoigner de l'insouciance
Qui brûla nos vertes années.
Je me souviens de ma jolie
Quand elle s'ébrouait d'extase
Sous des caresses anoblies
Qui m'étaient soufflées par Pégase.
Elle réclamait ces séances
De cajolerie en piaffant
Et j'étais dans l’incompétence
De braver son air triomphant.
J'ai la mémoire du toucher
Et, par la pensée, mes mains lissent
Encore le crin panaché
D'éclats luisants de sa pelisse.
Elles se refont patelines
Pour parcourir sans renâcler
La ligne torve de l'échine
Ou flatter la croupe musclée.
Je la revois ma toute belle,
Les quatre sabots dans les airs,
Étriller sa robe isabelle
Dans l'herbe drue du matin clair
C'était une tête de mule
Mais, pour ce défaut d'équidé,
J'avoue que j'étais son émule
Et qu'il m'arrivait de bouder.
Mais elle savait mettre un frein
A mon humeur empoisonnée
En bousculant de son chanfrein
Mon dos, sur elle, retourné.
Impossible, alors, de briguer
Une quelconque résistance
Et force m'est de divulguer
Que j'étais sous sa dépendance.
Mais fatalement vint le jour
Où un étalon de passage
Brisa mon rêve sans détour
En enlevant cette volage.
J'ai depuis rejoint les humains
Pour être, à la raison, fidèle,
Mais bien qu'en ayant connu maint,
Je n'ai pu me défaire d'elle
Car son souvenir est lié
A ma jeunesse un peu rebelle,
Période qui, même spoliée,
Reste pour chacun la plus belle.
Inspiré en partie par le film “Conquista” de Michael Syson (1971) avec José Maria Serrano
