sur le Causse
2
Je quittais la forêt et atteignais enfin le causse.
Satisfait de mon effort, je sentis ma soif : ma gourde était vide, comme le plateau devant moi.
Pas un arbre, pas un abri.
Rien que quelques touffes de bruyère et de la franche rocaille.
De la rocaille à perte de vue.
Puis j’aperçus un point minuscule au loin.
Je pris la direction.
À mesure que j’avançais, le point grandissait : c’était un enfant.
J’avançai jusqu’à la distance qui permet la conversation, puis je m’arrêtai.
Il devait avoir neuf ou dix ans.
C’est lui qui prit la parole le premier :
— Es-tu celui que j’attends ?
Il n’avait pas bougé. Peut-être avait-il à peine remué les lèvres… mais je n’en étais pas certain.
Il fixait l’horizon.
Je répondis que je n’en savais rien.
Il dit :
— Alors tu n’es pas celui que j’attends. D'une voix froide et monocorde.
— J’en suis désolé, dis-je, mais j’ai fait une longue marche. Je n’ai plus d’eau et j’ai très soif.
— Tu trouveras une source plus loin. Elle jaillit de la roche et les promeneurs s’y arrêtent pour s’y désaltérer.
Un peu vexé qu’on me compare à un simple promeneur, je demandai :
— Et toi, que fais-tu ici ? Tu dois être loin de chez toi.
Il ne répondit pas.
— Qui attends-tu, d’ailleurs ?
Alors lentement, il tourna la tête vers moi.
Dans ses yeux, une lueur rouge, vivante comme un feu.
Un frisson me parcourut l’échine.
— Comment le saurais-je mieux que toi ?
Puis il reporta son regard au loin.
Confus, je ne sus que répondre.
— La source est à quelques kilomètres. Tu devrais te dépêcher avant que la nuit tombe.
Je le remerciai et repris ma marche.
Je rejouais notre échange dans ma tête, revoyant le cinabre dans la teinte de ses yeux, ressentant une nouvelle fois ma colonne tressaillir.
Mieux que moi ?
À qui donc croyait-il s’adresser ?
L'avais-je déjà rencontré?
Il me semblais pourtant que non.
Je marchais plein ouest, vers la source et le jour déclinant.
Après environ deux cents pas, je me retournai.
Le garçon avait disparu.
Partout sur le plateau : bruyère et rocaille.
À perte de vue.
Satisfait de mon effort, je sentis ma soif : ma gourde était vide, comme le plateau devant moi.
Pas un arbre, pas un abri.
Rien que quelques touffes de bruyère et de la franche rocaille.
De la rocaille à perte de vue.
Puis j’aperçus un point minuscule au loin.
Je pris la direction.
À mesure que j’avançais, le point grandissait : c’était un enfant.
J’avançai jusqu’à la distance qui permet la conversation, puis je m’arrêtai.
Il devait avoir neuf ou dix ans.
C’est lui qui prit la parole le premier :
— Es-tu celui que j’attends ?
Il n’avait pas bougé. Peut-être avait-il à peine remué les lèvres… mais je n’en étais pas certain.
Il fixait l’horizon.
Je répondis que je n’en savais rien.
Il dit :
— Alors tu n’es pas celui que j’attends. D'une voix froide et monocorde.
— J’en suis désolé, dis-je, mais j’ai fait une longue marche. Je n’ai plus d’eau et j’ai très soif.
— Tu trouveras une source plus loin. Elle jaillit de la roche et les promeneurs s’y arrêtent pour s’y désaltérer.
Un peu vexé qu’on me compare à un simple promeneur, je demandai :
— Et toi, que fais-tu ici ? Tu dois être loin de chez toi.
Il ne répondit pas.
— Qui attends-tu, d’ailleurs ?
Alors lentement, il tourna la tête vers moi.
Dans ses yeux, une lueur rouge, vivante comme un feu.
Un frisson me parcourut l’échine.
— Comment le saurais-je mieux que toi ?
Puis il reporta son regard au loin.
Confus, je ne sus que répondre.
— La source est à quelques kilomètres. Tu devrais te dépêcher avant que la nuit tombe.
Je le remerciai et repris ma marche.
Je rejouais notre échange dans ma tête, revoyant le cinabre dans la teinte de ses yeux, ressentant une nouvelle fois ma colonne tressaillir.
Mieux que moi ?
À qui donc croyait-il s’adresser ?
L'avais-je déjà rencontré?
Il me semblais pourtant que non.
Je marchais plein ouest, vers la source et le jour déclinant.
Après environ deux cents pas, je me retournai.
Le garçon avait disparu.
Partout sur le plateau : bruyère et rocaille.
À perte de vue.
