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La cheville
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"... misère de l'épithète homérique revenant sans cesse, pour ne rien désigner, pour ne rien faire voir", disait d'elle Huysmans.

L'art d'écrire, ou celui de parler,
s'apparente au métier d'ébéniste
qui, au bois qu'on peut entendre hurler
de son pied, de cheville l'assiste.
- Cachez-la, soyez des menuisiers,
me dit-on, qui la font disparaître.
- Comment ? Quoi ? Qu'est-ce donc ? Vous disiez ?
Je veux bien... mais où vais-je la mettre ?
Du mordant de l'acier d'un rabot
qu'on l'enlève, on la ronge ou la rogne
comme un ver né pour cette besogne,
si mon vers peut marcher d'un pied bot !



...


Regardez le décor mis en scène,
le bon goût de vernis maquillé,
le grand luxe en débauche d'ébène :
rien ne manque au meuble estampillé.

Mais dessous, qui voit-on chevillé
de partout et qu'on a pris la peine
de cacher ? De l'aubier, habillé
de bois riche et de meilleure veine.

Et derrière, avez-vous remarqué ?
Pas de quoi s'en vanter. Du chiqué,
direz-vous... comme l'est la cheville,

en renfort, qui a pour mission
de caler, et quand elle vacille,
d'étayer la conversation.

© Poème posté le 29/10/2025 par Liberanos

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