Chacun sa route ou deux ronds-points au carré
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Laissez-moi vous raconter l’histoire véridique d’un marcheur,
Né, mythomane, à Colmar, et se revendiquant prêcheur,
Savant, expert géomètre, érudit, lettré et chercheur,
Ce qui le rendit, à mes yeux, immédiatement tchatcheur.
Il avait mis au point, doctement, pour ne plus s’égarer,
Une méthode incroyable, farfelue, à l’aspect bigarré,
L’exposant, de bonne grâce, aux pèlerins qu’il voulait fédérer,
En leur interdisant, en retour, de le contrecarrer.
« N’écoutez pas les autres dévots, oyez ce que je dis,
Vous arriverez, à coup sûr, la semaine des quatre jeudis. »
Que dire, que faire, comment esquiver cette sérieuse comédie,
Ressemblant comme une goutte d’eau à une perfidie ?
« Vous devrez connaître et maîtriser l’ensemble de ces pratiques :
Le spiritisme, l’astronomie, les bases mathématiques,
L’algèbre, le calcul mental et un peu de physique quantique,
Savoir exploiter une multitude de formes géométriques.
Bref, pour ne plus vous perdre et arriver à destination,
Il vous faudra comprendre et résoudre tout un tas d’équations,
Et, avec l’aide des dieux, à la fin de cette initiation,
Vous serez en mesure de toujours suivre la bonne direction.
Accolez votre bâton de marche contre ce repère,
Calculez le sens du vent, ajoutez s’y un chiffre impair.
Croyez-moi, je tiens ce don de mon arrière-arrière-grand-père,
Qui, de l’orientation en aveugle, était un grand expert.
Donc, ensuite, dans l’angle obtenu, calculez le cosinus,
Vous aurez la bonne tangente et obtiendrez l’hypoténuse,
Ce qui vous permettra, par la même, de connaître le sinus
C’est de la trigonométrie, croyez-moi donc mordicus.
Pour finir, décalez-vous d’un pas, regardez de côté,
Et de cinq pieds, et de vingt-cinq pouces du total, vous ôtez.
C’est simple et imparable : il ne vous reste plus qu’à tester.
Je vous ai livré ma théorie en toute loyauté. »
Moi je croyais, bêtement qu’il fallait juste suivre des flèches.
J’ai, sans trop m’énerver, supporté et écouté son prêche,
Et fait mien le raisonnement loufoque de ce fou revêche,
Et, pour donner le change, en secret, j’ai fait des antisèches.
J’ai appris, par la suite, un peu tard, que cet énergumène
N’y connaissait rien en marche, que ce n’était pas son domaine,
Que ses circonvolutions intellectuelles inhumaines,
Sur un parcours, vous faisaient perdre des jours, voire des semaines.
Lui-même marchait depuis des années sur ce chemin pédestre,
Tournait en rond ; chaque jour, pour lui, devenait des semestres.
Qu’il était connu du monde entier, même des extraterrestres,
Qui, du fond des galaxies, planchaient sur cette loi colmardestre.
Moralité
N’écoutez pas les guides qui se prétendent sachants,
Attention aux apôtres, ils sont souvent touchants.
Les raccourcis des autres sont toujours aguichants :
Suivez votre chemin, coupez à travers champs.
Perdez-vous, bifurquez, revenez sur vos pas.
Même avec une boussole, même avec un compas,
Portez seul votre croix, nul besoin d’un sherpa
Nous passerons tous un jour de vie à trépas.
Né, mythomane, à Colmar, et se revendiquant prêcheur,
Savant, expert géomètre, érudit, lettré et chercheur,
Ce qui le rendit, à mes yeux, immédiatement tchatcheur.
Il avait mis au point, doctement, pour ne plus s’égarer,
Une méthode incroyable, farfelue, à l’aspect bigarré,
L’exposant, de bonne grâce, aux pèlerins qu’il voulait fédérer,
En leur interdisant, en retour, de le contrecarrer.
« N’écoutez pas les autres dévots, oyez ce que je dis,
Vous arriverez, à coup sûr, la semaine des quatre jeudis. »
Que dire, que faire, comment esquiver cette sérieuse comédie,
Ressemblant comme une goutte d’eau à une perfidie ?
« Vous devrez connaître et maîtriser l’ensemble de ces pratiques :
Le spiritisme, l’astronomie, les bases mathématiques,
L’algèbre, le calcul mental et un peu de physique quantique,
Savoir exploiter une multitude de formes géométriques.
Bref, pour ne plus vous perdre et arriver à destination,
Il vous faudra comprendre et résoudre tout un tas d’équations,
Et, avec l’aide des dieux, à la fin de cette initiation,
Vous serez en mesure de toujours suivre la bonne direction.
Accolez votre bâton de marche contre ce repère,
Calculez le sens du vent, ajoutez s’y un chiffre impair.
Croyez-moi, je tiens ce don de mon arrière-arrière-grand-père,
Qui, de l’orientation en aveugle, était un grand expert.
Donc, ensuite, dans l’angle obtenu, calculez le cosinus,
Vous aurez la bonne tangente et obtiendrez l’hypoténuse,
Ce qui vous permettra, par la même, de connaître le sinus
C’est de la trigonométrie, croyez-moi donc mordicus.
Pour finir, décalez-vous d’un pas, regardez de côté,
Et de cinq pieds, et de vingt-cinq pouces du total, vous ôtez.
C’est simple et imparable : il ne vous reste plus qu’à tester.
Je vous ai livré ma théorie en toute loyauté. »
Moi je croyais, bêtement qu’il fallait juste suivre des flèches.
J’ai, sans trop m’énerver, supporté et écouté son prêche,
Et fait mien le raisonnement loufoque de ce fou revêche,
Et, pour donner le change, en secret, j’ai fait des antisèches.
J’ai appris, par la suite, un peu tard, que cet énergumène
N’y connaissait rien en marche, que ce n’était pas son domaine,
Que ses circonvolutions intellectuelles inhumaines,
Sur un parcours, vous faisaient perdre des jours, voire des semaines.
Lui-même marchait depuis des années sur ce chemin pédestre,
Tournait en rond ; chaque jour, pour lui, devenait des semestres.
Qu’il était connu du monde entier, même des extraterrestres,
Qui, du fond des galaxies, planchaient sur cette loi colmardestre.
Moralité
N’écoutez pas les guides qui se prétendent sachants,
Attention aux apôtres, ils sont souvent touchants.
Les raccourcis des autres sont toujours aguichants :
Suivez votre chemin, coupez à travers champs.
Perdez-vous, bifurquez, revenez sur vos pas.
Même avec une boussole, même avec un compas,
Portez seul votre croix, nul besoin d’un sherpa
Nous passerons tous un jour de vie à trépas.
Cette rencontre, que j’ai tenté de raconter avec humour, est véridique.
Elle m’est arrivée sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, quelque part entre deux étapes, là où les routes se croisent… et parfois s’emmêlent.
Elle m’est arrivée sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, quelque part entre deux étapes, là où les routes se croisent… et parfois s’emmêlent.
