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Le monde sans voix
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Le monde sans voix

Les mots.
Je les aime, ils m’ont portée tant de fois.
Et pourtant, je sais qu’ils ne suffisent pas.

Je voudrais un monde où l’on se comprend
sans parler.
Où l’on s’assoit l’un près de l’autre
et, dans le silence,
je sens ce que tu sens,
tu sens ce que je sens,
sans détour, sans effort
comme si nos âmes savaient déjà.

Je rêve d’une langue de chair et de lumière,
un fil invisible entre deux cœurs,
qui traverse la peau, le cœur, le temps,
et dit tout, simplement :
la peur qui tremble,
la joie qui monte,
l’amour qui cherche un lieu où se poser.

Dans ce monde-là,
il n’y aurait ni mensonge ni malentendu :
juste la vérité nue d’un battement,
la température exacte d’une émotion,
le dessin précis de ce qui te traverse.
Je fermerais les yeux,
et je saurais.
Tu fermerais les yeux,
et tu saurais.

Pourtant, je ne renie pas les mots.
Ils sont merveilleux.
Ils brillent comme des pierres fines dans la main,
ils réchauffent les soirs froids,
ils donnent des formes au mystère.
Mais souvent ils laissent à distance :
ils passent à côté,
ils tombent trop court,
ou bien trop lourd.

Il y a des jours où j’aimerais n’avoir qu’à sentir.
Que mon monde intérieur vienne à toi
comme une lumière sous la peau,
qu’il te touche,
et que tu le reconnaisses
sans phrase, sans preuve, sans traduction.
Que tu entres en moi comme on franchit un seuil,
et que je t’accueille sans devoir expliquer.

Et pourtant… j’accepte aussi le secret.
Car les mots gardent une part de nuit.
Ils obligent à deviner,
à tendre l’oreille,
à s’approcher doucement de l’autre.
Cette lenteur a sa beauté :
elle nous apprend la délicatesse,
elle fait vibrer le mystère,
elle nous invite à écouter plus loin que le bruit.

Alors je marche entre deux rives :
celle du langage, que j’honore,
et celle du silence, où je te rejoins.
Quand mes mots ne suffisent plus,
je te confie mon silence :
prends-le dans tes mains,
et sens-moi.

Si, un jour, tu hésites à me comprendre,
pose ta paume contre la mienne.
Écoute.
S’il existe une vérité entre nous,
elle passera là
à la façon d’un souffle qui sait tout,
sans dire.
Les mots sont parfois trop étroits pour contenir ce que l’on ressent.
Ce poème parle du rêve d’un langage plus pur, fait de ressenti, d’âme à âme.

© Poème posté le 17/10/2025 par Audreysonnier

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