Dans le jardin,
à déraciner ce saule pleureur,
afin de le replanter dans son autre demeure.
Attendre la nouvelle
pour savoir si je me meurs.
Arbre tant aimé par ma femme,
un sapin de Noël dans ma poitrine
fera de moi un mirage
dans ce monde en fleurs
plus rapidement que la croissance de cet arbuste.
Loin des 0,3–0,5 mm par an,
la compète intérieure gagne haut la main.
Pourtant la forêt qui jaillit de toutes parts
n’a rien à rougir :
ce n’est pas la taille qui compte, paraît-il.
Mais pourtant,
dépasser les 7 cm
vous rapproche des étoiles
plus rapidement que toutes les fusées.
La vie partout jaillit,
en moi, dehors,
et c’est pourtant la mort
qui attend son heure,
pour me faire redevenir
sol, pluie et cendre.
Seul pleureur de mon histoire,
peut-être les êtres aimés, aimants.
Mais l’amour comme la mort
se prête parfois au jeu de cache-cache,
au point de ne plus savoir
qui fait partie de nos angoisses
les plus personnelles.
Car la peur tue l’amour,
et bien plus vite tumeur.
Toute cette vie en nous,
nous projetons dehors des graines d’illusions
et espérons voir germer nos réalités.
Nos projets,
basés sur des idées d’éternité,
sont simplement évaporés.
J’aime cette vie,
de vicissitude, d’impondérable,
ce dynamisme infini,
d’embûches qui vous bouchent un coin,
voire la totalité d’un monde sans intérêt réel,
en comparaison au moment présent si vrai.
Nous le savons,
mais nous ne pouvons nous empêcher
de nous faire prendre la main,
la manche,
dans le rouleau compresseur du monde affairé,
des problèmes ambulants.
Jusqu’à ce que la sirène de l’ambulance
fasse retentir la mort autour de nous,
et c’est le chaos, trébuchant, sonnant,
qui vous prend aux tripes, aux poumons, aux reins.
Vous saviez,
maintenant vous le vivez,
et l’expérience est bien plus vivante
alors que c’est la mort comme sujet.
Je crois que les engueulades
remettent de l’ordre dans un monde d’incertitude.
C’est beau comme tout redevient normal
face à une poubelle qui déborde
pour la centième fois.
La beauté du recyclage
sauvant de la vérité sauvage,
d’un corps qui se fait accoster
pour peut-être un dernier voyage.
Le retour se fera de la même manière,
aux confins des étoiles,
laissant des poussières de nous dans les mémoires,
comme sur les cadres des photos
que le temps a oubliées pour vivre, de les regarder depuis trop longtemps,
pour ne pas culpabiliser
d’être ici alors qu’ils sont déjà partis.
Tiraillé entre manquer
et espérer d’être oublié
pour laisser la place aux vivants.
L’expérience humaine est complexe
dans ses extrêmes, ses paradoxes.
Vivre pleinement,
c’est accepter la dualité,
abriter la vie qui termine votre voyage,
aimer et être déchiré de douleur qui vous éloigne,
partir avant le départ
pour laisser moins de traces dans les mémoires,
profiter des secondes
bien plus que les années perdues à errer.
Quand on cherche le quotidien
pour rassurer de l’incertain
alors qu’on devrait faire l’inverse :
vivre tout.
Mais ça ne ressemble plus à rien,
quand on connaît son chemin.
3 jours,
3 ans,
3 décennies.
Rendons hommage aux vivants,
ceux qui resteront,
car comme nous ils ont eu leur temps.
La vie se célèbre,
la mort s’oublie,
et c’est comme ça que la vie se vit.
