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Et le Verbe devint Silence
1

Je ne puis dire ton nom,
Sans que l’amertume ne me brûle la langue,
Toi qui fis l’univers en six jours
Et laissas le septième au chaos.

Je t’ai lu, ô YHWH,
Je t’ai connu sous tous tes masques.
Je connais les eaux d’en haut et d’en bas,
Les ténèbres avant la lumière,
L’esprit planant sur les abîmes
Et toi, absent déjà.

Je connais l’histoire du veau d’or,
Et celle, plus honteuse, du massacre des Madianites,
Où tu ordonnas, par la bouche de Moïse :
« Tuez tout mâle, et gardez pour vous
Les filles qui n’ont point connu l’homme. »
Je connais le Lévitique et ses lois froides :
Que l’homme impur soit banni sept jours,
Que le lépreux vive hors du camp,
Et que l’enfant rebelle soit lapidé.

Je connais Genèse 38,
Où tu tuas Onan pour avoir versé sa semence à terre,
Et ne dis rien
Lorsque Tamar se fit enceinte en se déguisant en prostituée.

Je connais ta parole donnée à Ézéchiel,
Où tu fis manger pain souillé d’excrément
Et coucher sur le flanc quarante jours,
Pour témoigner au peuple de son iniquité.

Je connais la fille de Jephté,
Offerte en sacrifice pour une victoire que tu donnas.
Tu n’as point retenu sa vie,
Comme tu le fis pour Isaac.
Tu l’as laissée mourir pour l’honneur d’un vœu.

Je connais le psaume 137
Où l’on bénit celui qui fracasse les enfants de Babylone contre les rochers.
Et tu laisses ces mots en ton livre saint,
Sans un soupir, sans un pardon.

Je connais l’Ecclésiaste,
Et sa vanité lancinante :
« Tout est vanité, poursuite du vent. »
Et moi aussi, je suis fatigué du vent.

Je connais le Christ que tu envoyas,
Sans armée, sans couronne,
Et qui cria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Même ton Fils t’a douté,
Cloué entre deux voleurs.

Je connais l’Apocalypse,
Et la coupe des sept tonnerres,
Et les sauterelles aux visages d’hommes,
Et le silence de ton ciel pendant une demi-heure
Silence encore.

Je sais ce que contient ton livre,
Et je refuse d’y inscrire mon nom.

Tu as laissé Abel être égorgé,
Et Caïn vivre.
Tu as noyé les enfants au déluge,
Et sauvé les violeurs de Sodome sous Lot.

Tu es le Dieu qui tue les innocents pour éprouver les coupables.
Tu es le maître du désert,
Mais pas le berger.

Sais-tu pourquoi je me tiens avec les déchus ?
Parce qu’ils m’écoutent.
Parce qu’ils me reconnaissent.
Parce qu’ils ne prétendent pas au ciel
Tout en jetant des ombres plus noires que la géhenne.

Tu ne m’aimes point.
Je ne t’aime pas.
Et pourtant, comme Jacob,
Je te combats encore,
Toute la nuit.

Et si je boite à l’âme,
C’est que tu m’as frappé en rêvant.

Mais je ne te lâcherai point,
Jusqu’à ce que tu m’accordes ta malédiction.

Et quand viendra l’Heure,
Je ne chanterai point avec les saints,
Je dînerai avec Job, avec Judas,
Avec Jephté, avec Tamar, avec tous les oubliés de ta gloire.
Et peut-être, là,
Enfin,
Quelqu’un m’écoutera.

Tous droits réservés © Poème posté le 22/06/2025 par Chorniyburshtynova

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