Fauve lyre
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« Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée »
P. Verlaine
Solitaires quelques fous
Cherchent acharnément que,
Fors la faim, la mort, les clous,
Naisse une rose d’un manque…
Le poète apprivoisé !
Ménestrel de compagnie,
De tout temps a pavoisé,
Fier d’un fard que Muse nie !
Ternis d’un art convenu
Vos grands airs, en somme éthiques,
Chantent les – qui l’aurait cru -
Métaphores domestiques !
Pauvre esthète un peu précieux,
D’une érudition mondaine
Tu prétends atteindre aux cieux ;
Ton azur au sol se traîne !
Phénix orphique des rimes,
Feu, ton ramage renaît
Dans les cendres de nos crimes
Littéraires, s’il en est !
L’appel, au brasier des proses,
C’est la fange ou c’est le vent,
Mêmes flammes, mêmes choses,
La poésie est devant !
Où l’oiseau tombe, là-bas,
Décroche et se mue en flèche,
Zigzaguant aux catalpas
Pour la mouche qui l’allèche !
Pour parfaire à cet envol
Sous ses ailes l’on s’élance,
Loin des vagues, loin du sol,
Dans l’éther et le silence.
