Lespoetes.net

La poésie sur internet

Précédent Suivant

Le merle des villes
2

Dans le square dépopulé
Ménagé au cœur de la ville,
Où j'ai cherché à m'isoler
De notre agitation servile,

Un merle tout de noir vêtu
Et sa commère en brune blouse,
Au vu du gardien effectuent
Des entrechats sur la pelouse.

Que t'a-t-il pris, oiseau fantasque,
De coloniser nos jardins
Et de venir faire tes frasques
Dans l'univers des citadins?

Quelle singulière folie
D'avoir suivi, dans leur exode,
Les hommes frappés par le pli
De s'entasser avec méthode!

N'étais-tu donc pas plus heureux
Dans les halliers de nos bocages
Où tes caquètements scabreux
Faisaient de biens charmants tapages?

Trouves-tu meilleure pitance
Auprès des plantes raffinées
que des diplômés es essences
Se délectent à peaufiner?

Toi qui niches dans les épines,
Préfères-tu aux acacias
Et aux communes aubépines
Le lustre du pyracantha?

Mais voici qu'un tour d'horizon
De ta duale condition
Me fait trouver quelque raison
A ton étrange vocation:

En fin de compte, les ruraux
Ne brillent pas par leur conduite
Et un séjour dans leur terreau
Est d'une richesse réduite.

Car la cupidité les prive
De respect pour les animaux
Et s'il vient à manquer de grive,
Tu peux t'attendre à bien des maux.

En revanche, les gens d'ici,
S'ils sont atteints de maniérisme,
Ont du moins l'aimable souci
De combattre l'immobilisme.

Les enfants qui jouent à l'entour
Offrent un spectacle plus gai
Que les étendues de labour,
Par la platitude, irriguées.

Les étudiants pleins de chimères,
Les amoureux allant par deux
Et les colloques de grand-mères
Occupent ton regard curieux.

Ce menu peuple pacifique
Qui croise pour se ressourcer
Réveille l'image idyllique
D'une agora du temps passé.

Place paisible et culturelle,
Je puis comprendre et partager
Ton affection irrationnelle
Pour cet espace protégé,

Car c'est peut-être le forum
Qui verra naître l'utopie
Où les animaux et les hommes
Vivront enfin en harmonie.

Et moi qui t'observe en silence,
N'ai-je pas mêmement quitté,
Pour aller vers la connaissance,
Le pays qui m'a enfanté ?

N'ai-je pas souvent délaissé
Mes vertes montagnes pour suivre,
Dans la fourmilière insensée,
Mon grave penchant pour les livres ?

Nous deux, bel oiseau de progrès,
Sommes de la même mouture,
Nos rêves nous font émigrer
Loin de notre mère Nature.

© Poème posté le 03/04/2025 par Rebo

...
× Illustration agrandie