Soir de janvier sur le port
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Six heures sonnent au clocher.
Sous la grisaille du ciel bas
se mouille l’écho de mes pas.
Où le soleil s’est-il caché ?
Sans doute a-t-il déjà franchi
le trouble horizon de sa chute
en roulant derrière la butte
comme un vieux ballon avachi.
Tout au long du port les bateaux
allument les yeux des guirlandes
dont les regards rieurs descendent
vers la lande triste des eaux.
C’est pour se souvenir encore
de l’allégresse du solstice,
des tables chargées de délices
et du champagne aux bulles d’or.
Les noms des péniches nous disent
que dans la chaleur de leur bois
s’abritent de l’eau et du froid
des gens du Rhin ou de Tamise.
À travers les hublots pudiques
on les devine qui préparent
des aiguillettes de canard
ou des mets bien plus exotiques.
Ils ouvrent des bières sans doute
ou caressent de l’œil des vins
ou des whiskies au goût divin,
des trésors cachés dans la soute.
Sous le pont où va le canal
un lampion triste soliloque
dans l’indifférence des docks.
Bégaiement d’un pauvre fanal.
Sur le quai un homme se hâte
sous la carapace fragile
d’un parapluie tandis que file
un chien boiteux sur ses trois pattes.
La cave à vin aguiche encore
le passant d’un éclat frivole,
l’invitant pour un dernier bol
de vin chaud rempli à ras bord.
Tandis que la pâtisserie
sourit encore à double porte
et résiste dans la nuit morte
avec ses lumignons fleuris.
Tout cela le soleil l’ignore.
Six heures sonnent au clocher.
Le soleil s’est allé cacher
certainement vers d’autres nords.
Sous le ciel de morte saison
l’ombre referme ses paupières.
Le jour épuise sa lumière.
Il faut rentrer dans nos maisons.
