La première complainte du Faune à son amourette Russe
Dise encore l’Éternel qui nous regroupa ;
Amour, nous sommes mort, ne le sommes-nous pas ?
J'ai vu, hier matin, dans le ciel juillettiste
Une lune nacrée déjà trop défaitiste
De n'être de vos dents qu'un idem, un itou
Et des marées seules être le manitou ;
J'ai vu, hier, vingt heures, un terrible exercice
Qui veut une fois pour toutes qu'on l'éclaircisse
De n'être de vos dents qu'un idem, un itou :
L'Océan agité, jaloux et vaniteux,
Pâlissait à l'idée que vous puissiez renaître.
Vitreux et transparent, comme aux airs de fenêtre
Son fils, le Ressac, s'abattait sur les galets
Et je pleurais un cri, une perle de lait.
Demain, je vous verrai sous une étrange étoffe.
Des reflets irisés dont vos dents philosophent
Couleront lentement — Ô Bains de Budapest ! —
Tomberont, alourdis comme des sacs de lest
Vous mettriez bien bas notre belle jeunesse…
Il nous faudrait pourtant que cet enfant renaisse !
Je suis trop loin, hélas ! de vous me dorlotant…
– Prenez-moi, Emperesse, en votre appât flottant !
⁂
Je suis mort. — Maintenant, que mon âme noircisse !
Vous étiez l'Aphrodite et je fus le Narcisse :
L'argent teinté de verre a eu raison de moi.
— Retrouvons-nous, madame, je suis aux abois.
Je suis rentré de la guerre avec les mains vides,
Ainsi, vous cherche encor, comme d'amour avide
Mais l'Amour avilit, et je veux être saint ;
Laissez-moi reposer, mort de faim, à vos seins.
Je vous veux dans mes bras, ainsi qu'une poupée
Blondine. Figurante, amoureuse et frappée.
Je vous veux à moi seul, depuis l'an de raison,
Fraîche comme un persil, mouillée comme un cresson
Je vous veux, peu me chaut la supposée séance ;
Je me moque de Dieu, l’Église et la Créance.
Dise encore l’Éternel qui nous regroupa ;
Amour, nous sommes morts, ne le sommes-nous pas ?
Amour, nous sommes mort, ne le sommes-nous pas ?
J'ai vu, hier matin, dans le ciel juillettiste
Une lune nacrée déjà trop défaitiste
De n'être de vos dents qu'un idem, un itou
Et des marées seules être le manitou ;
J'ai vu, hier, vingt heures, un terrible exercice
Qui veut une fois pour toutes qu'on l'éclaircisse
De n'être de vos dents qu'un idem, un itou :
L'Océan agité, jaloux et vaniteux,
Pâlissait à l'idée que vous puissiez renaître.
Vitreux et transparent, comme aux airs de fenêtre
Son fils, le Ressac, s'abattait sur les galets
Et je pleurais un cri, une perle de lait.
Demain, je vous verrai sous une étrange étoffe.
Des reflets irisés dont vos dents philosophent
Couleront lentement — Ô Bains de Budapest ! —
Tomberont, alourdis comme des sacs de lest
Vous mettriez bien bas notre belle jeunesse…
Il nous faudrait pourtant que cet enfant renaisse !
Je suis trop loin, hélas ! de vous me dorlotant…
– Prenez-moi, Emperesse, en votre appât flottant !
⁂
Je suis mort. — Maintenant, que mon âme noircisse !
Vous étiez l'Aphrodite et je fus le Narcisse :
L'argent teinté de verre a eu raison de moi.
— Retrouvons-nous, madame, je suis aux abois.
Je suis rentré de la guerre avec les mains vides,
Ainsi, vous cherche encor, comme d'amour avide
Mais l'Amour avilit, et je veux être saint ;
Laissez-moi reposer, mort de faim, à vos seins.
Je vous veux dans mes bras, ainsi qu'une poupée
Blondine. Figurante, amoureuse et frappée.
Je vous veux à moi seul, depuis l'an de raison,
Fraîche comme un persil, mouillée comme un cresson
Je vous veux, peu me chaut la supposée séance ;
Je me moque de Dieu, l’Église et la Créance.
Dise encore l’Éternel qui nous regroupa ;
Amour, nous sommes morts, ne le sommes-nous pas ?
Uzès, le 20 novembre 2024
