Marin sans mer
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Mon navire est ancré au large des bruyères
d’une lande bourrue
je suis marin sans mer
J’ai pris dans mes filets un vieux chemin de terre
qui s’étire se tord
et tangue bord sur bord
Lorsque le vent se lève et que monte l’écume
au flanc de mon vaisseau
c’est toute l’amertume
des âmes égarées qui grimpe à mes hublots
Giflé par les ajoncs craquant de tous ses os
il tire sur sa chaîne
mon malheureux rafiot
Humble terrien amer
je finirai dans l’eau
de la mare à défaut
d’aller mourir en mer
Coiffé d’un nénuphar
je serai le corsaire
qui hante à la veillée les fables délétères
et ricane aux carreaux dans les vents de l’hiver
