La grande horloge de la gare
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La grande horloge de la gare
Qui regarde passer les trains
Donne l’heure et, sans crier gare,
S’envole vers des cieux lointains.
Pour paraître plus vraisemblable,
Elle chipe au détour du quai
Une valise couleur sable,
Tout simplement car c’est plus gai.
Au-dessus des toits de la ville,
Au-dessus des forêts, des champs
Elle oublie le monde immobile
Des gens pressés et des passants.
La grande horloge de la gare
Qui regardait partir les trains
Grimpe jusqu’au sommet d’un phare,
Face aux assauts des vents marins.
Sous le soleil et les étoiles
Et sous la gifle des embruns,
Les chiffres noirs ont mis les voiles :
Foin des grincheux, des importuns !
Vive les oiseaux des rivages !
Vive l’écume des rochers !
Vive le sel sur les visages !
Vive les longs ajoncs couchés !
La grande horloge de la gare
Regardait arriver les trains ;
Maintenant, fumant le cigare,
On la croise à l’Hôtel des Bains.
De retour d’une promenade
Au rythme vif des avirons,
Elle boit une limonade,
La meilleure des environs.
Lors, la voici (Quelle élégance !)
Non loin de là, juste à côté,
Chez une vieille connaissance
Qui l’a invitée pour le thé.
La grande horloge de la gare
Qui regarde filer les trains
Scande la hâte qui s’empare
Des inconnus et des copains.
Il y a le célibataire
Toujours en quête d’un amour,
Il y a le vieux militaire
Avec son air de gros tambour.
Il y a la jolie poupée
(Plus mode et plus fashion tu meurs !)
Et le train-train de la rentrée,
Ses états d’âme et ses humeurs.
La grande horloge de la gare
S’en va danser au bal des trains,
Parmi le joyeux tintamarre
Que font les wagons et les freins.
