Fantaisie céleste
8
Un nuage tout neuf qui prenait le soleil
Se réveilla soudain sur l’aile de la brise,
Entre le clair levant et le couchant vermeil.
Il se mit à chercher le rêve qu’il faisait
Avant que de tomber de sa chambrette grise
Parmi les blancs coussins où le ciel reposait.
Il voyagea longtemps, se perdit plus encore,
Glanant de-ci de-là quelques rayons bleutés
Afin de les offrir à sa Dame l’Aurore.
Il apprit des chansons, fredonna des comptines,
Effleura les cailloux des chemins désertés
Et caressa, mutin, le dos rond des collines.
Il s’aperçut alors que Messire le Vent
Fronçait fort les sourcils et semblait en colère
Contre ce vagabond qui filait droit devant.
Bousculé, secoué, rudoyé, malmené,
Le nuage sentit la chaleur de la terre
Lui monter à la tête en un flot déchaîné.
Croisant son rêve, enfin, il s’y vit, lourde enclume
Chargée d’un tourbillon aussi noir que l’enfer,
Remplie de grondements, de clameurs et d’écume.
Il avait bien grandi, devenant un orage
Qui jouait à lancer un tout premier éclair,
Puis un autre … et la foudre, échappée de sa cage.
