En ce moment
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En ce moment je suis comme un poisson agonisant dans les derniers centimètres d’une eau boueuse ; je me débats, j’étouffe dans un air anoxique.
L’arbre à palabres produit des fruits véreux ; quand ils tombent dans mon oreille les vers en sortent et creusent des galeries ténébreuses dans mon cerveau.
Je n’ose plus ouvrir la fenêtre qui donne sur la place ; la danse de Saint-Guy des langues bat son plein depuis des mois ; c’est beaucoup de bruit pour rien et beaucoup d’haleines fétides qui brûlent les yeux ; cela donne l’impression de pleurer ; peut-être que de temps à autre, à notre corps défendant, on pleure vraiment.
La vérité famélique, botoxée titube sur les chemins médiatiques ; personne ne l’écoute, personne ne l’entend ; on lui fouette les jambes quand elle réclame un peu d’eau fraiche ; il faut dire que peu se souviennent où se trouve la source ; je crois qu’elle est au creux d’un figuier étrangleur.
Il faudra aussi que je ferme les volets de la fenêtre qui donne sur le cimetière ; toutes les larmes ont échoué à effacer les taches sur le linge pendu sur le fil de la mémoire ; et plus il sèche, plus les taches deviennent visibles.
L’automne un troupeau d’agneaux est entré dans la bergerie ; au printemps c’est une horde de loups qui en est sortie.
Dorénavant quand nous irons dans le temple de l’ignominie prier et pleurer sur leurs visages de martyrs, il nous faudra aussi prier et pleurer sur les visages des martyrs qu’ils ont créés ; quelle force et quelle compassion il nous faudra !
En ce moment je pense souvent aux suicides de mes parents quand j’étais adolescent et à celui de ma sœur aussi quand j’étais loin de sa douleur ; certains soirs j’ose à peine me brosser les dents devant le miroir de peur que mes dents et mon visage ne tombent dans le lavabo.
L’arbre à palabres produit des fruits véreux ; quand ils tombent dans mon oreille les vers en sortent et creusent des galeries ténébreuses dans mon cerveau.
Je n’ose plus ouvrir la fenêtre qui donne sur la place ; la danse de Saint-Guy des langues bat son plein depuis des mois ; c’est beaucoup de bruit pour rien et beaucoup d’haleines fétides qui brûlent les yeux ; cela donne l’impression de pleurer ; peut-être que de temps à autre, à notre corps défendant, on pleure vraiment.
La vérité famélique, botoxée titube sur les chemins médiatiques ; personne ne l’écoute, personne ne l’entend ; on lui fouette les jambes quand elle réclame un peu d’eau fraiche ; il faut dire que peu se souviennent où se trouve la source ; je crois qu’elle est au creux d’un figuier étrangleur.
Il faudra aussi que je ferme les volets de la fenêtre qui donne sur le cimetière ; toutes les larmes ont échoué à effacer les taches sur le linge pendu sur le fil de la mémoire ; et plus il sèche, plus les taches deviennent visibles.
L’automne un troupeau d’agneaux est entré dans la bergerie ; au printemps c’est une horde de loups qui en est sortie.
Dorénavant quand nous irons dans le temple de l’ignominie prier et pleurer sur leurs visages de martyrs, il nous faudra aussi prier et pleurer sur les visages des martyrs qu’ils ont créés ; quelle force et quelle compassion il nous faudra !
En ce moment je pense souvent aux suicides de mes parents quand j’étais adolescent et à celui de ma sœur aussi quand j’étais loin de sa douleur ; certains soirs j’ose à peine me brosser les dents devant le miroir de peur que mes dents et mon visage ne tombent dans le lavabo.
