Amnésie
1
O mes amours ! Ma douceur éphémère,
Ton monde sombre et je me suis perdu !
Mon souvenir se voile, or j’eusse dû,
Pour le marquer d’une quelconque pierre,
Graver au marbre un antique relief,
Fixer l’azur, réaffirmer mon fief
Comme on s’arroge une part de mémoire
Sacrifiant, d’une réflexion noire,
L’irisation d’un trouble abysséen,
Superbement, tels ces anciens monarques,
Tout un passé de nacre, aux doigts des parques,
Et mon bonheur, pour la courbe d’un sein !
Jamais revue, où que mon pas te porte,
Tu m’es restée, émotion presque morte,
Jusque, et malgré ce long silence blanc,
Ici, stigmate et bulle dans le sang !
Jadis aimée, aux émois disparue,
Sans une trace, hors la douleur des nerfs,
Tu flottes nue, en des songes amers ;
… J’ai même omis le beau nom de ta rue !
C’est une eau-forte, un caustique regard
Pastel, froissé, la rousseur du renard,
L’or d’un fantôme doux, l’ébouriffée
De cheveux flous, reposant sous Morphée…
Vous qui m’étiez ce que sont l’air et l’eau,
Vous m’échappez obstinément, volages,
M’abandonnant à ces immenses plages
Où mon esprit recreuse son tombeau.
Ton monde sombre et je me suis perdu !
Mon souvenir se voile, or j’eusse dû,
Pour le marquer d’une quelconque pierre,
Graver au marbre un antique relief,
Fixer l’azur, réaffirmer mon fief
Comme on s’arroge une part de mémoire
Sacrifiant, d’une réflexion noire,
L’irisation d’un trouble abysséen,
Superbement, tels ces anciens monarques,
Tout un passé de nacre, aux doigts des parques,
Et mon bonheur, pour la courbe d’un sein !
Jamais revue, où que mon pas te porte,
Tu m’es restée, émotion presque morte,
Jusque, et malgré ce long silence blanc,
Ici, stigmate et bulle dans le sang !
Jadis aimée, aux émois disparue,
Sans une trace, hors la douleur des nerfs,
Tu flottes nue, en des songes amers ;
… J’ai même omis le beau nom de ta rue !
C’est une eau-forte, un caustique regard
Pastel, froissé, la rousseur du renard,
L’or d’un fantôme doux, l’ébouriffée
De cheveux flous, reposant sous Morphée…
Vous qui m’étiez ce que sont l’air et l’eau,
Vous m’échappez obstinément, volages,
M’abandonnant à ces immenses plages
Où mon esprit recreuse son tombeau.
