Le ricochet de la haine
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On reconnaît ses pairs à l’accent du terroir ;
Malheur à celui-là qui n’a pas de barrière,
Traverse son pays sans y voir de frontière,
Promenant en tous lieux sa franchise en sautoir
Et son accent d’ailleurs qui n’a pas l’heur de plaire.
Le hasard m’amena dans ces lieux reculés
Où le temps n’a plus cours qu’au cadran de l’église ;
Les nouvelles idées, lassées, se sont assises
Au versant de l’oubli, à jamais refoulées,
Et dans l’indifférence ou l’usure agonisent.
J’y fus bien accueillie, voyageuse éphémère
Qui passe sans froisser la paix ni la routine ;
Mais un jour, désirant acquérir une ruine
Pour loger mes chevaux et mettre pied à terre
On me fit souvenir du lieu de mes racines.
Sous de plaisants saluts, l’herbe me fut comptée
Et mon chemin semé d’embûches quotidiennes.
Pour la première fois je rencontrais la haine
Sous les traits cauteleux de l’amabilité ;
C’était, de son clocher, la plus zélée gardienne.
Si son fiel eut raison de mes plus humbles joies,
Ses traits me révélaient les stigmates amers
De son propre poison, au ricochet pervers.
Ayant vidé cinq ans sa bile et son carquois,
Plus ravagée que moi, elle cessa la guerre.
