Entre lac et cime
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Sur un sentier perdu, près d’un lac invisible,
un randonneur avance à travers le brouillard ;
le ciel et l’eau mêlés, comme un grand étendard,
couvrent le paysage immense et immobile.
Le sombre chemin monte à l’assaut des nuages,
entre les sapins noirs au nébuleux contour ;
un peu de neige éparse éclaire à demi jour
l’angoissante forêt, sans fin et sans ramage.
Mais un pâle faisceau perce les frondaisons,
augurant du soleil qui règne sur les cimes ;
le marcheur haletant, émergeant de l’abîme,
voit dans ce rayon d’or la fin de sa prison.
Au-dessus du linceul recouvrant la vallée
resplendit une voûte au bleu de porcelaine ;
l’homme est venu chercher, loin de la morne plaine,
un miracle hivernal, toujours renouvelé.
Là, tout est pureté, transparence et lumière,
un reflet tentateur du divin paradis.
Le flâneur exalté, que le ciel irradie,
pénètre à pas légers l’échappée buissonnière.
Depuis ce belvédère il contemple à loisir
son pays dépouillé de toute trace humaine ;
radieux, il rejoint la terne vie urbaine,
revêtant le brouillard du bleu du souvenir.
