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Des jeux naissent (ou Pris en Defoe)

Un ancien son de Bjork, me glisse, comme par magie,
La clef de mon meublé, un comble à Juvisy :
Terrain meuble et glissant, os à ronger moisi,
Des juvéniles rougeurs, la trouble nostalgie.

Souvenirs étiolés, polaroids quasi
Effacés, tracent mes pas sur les papiers jaunis,
Douceâtre et nauséeuse, depuis l’impasse honnie,
Passe, trompeuse mélodie, l’antienne ‘revenez-y »

L’éclat des rires brisés, comme des ailes de colombe,
En ma gorge ployée, m’implorent de s’égayer :
Même les pas sont comptés, les heures coulées y plombent,
Les bonheurs remboursés à un taux d’usurier.

C’était la faute d’Arthur, la tof d’Etienne Carjat,
Dévoyant les voyelles, infusait les voyages,
Gares et cages de banlieue s’éloignaient, car déjà,
Noyé dans mes pensées, je voyais les mouillages.

Les sonnets trébuchants, l’ailleurs en bandoulière,
Joignant le cercle des Lisboètes disparus,
Je perdis mes raisons et l’aventure, courus,
A l’angle des Bermudes et des maisons meulières.

Foin de l’Orge, laissant, ses berges et points d’ancrage,
J’abattis, comme un poing, mes cartes déployées,
J’envoyai promener les tafs et des loyers,
Entrevoyant au loin, les oiseaux de passage.

Transtevere(1) transi, les corps triangulaires,
Paradent en bermudas, voyous et ragazzi,
Le commerce illicite et la morgue insulaire,
Ils recueillent, les joues roses, les bouquets de lazzi,

Les phrasés lancinants des solos de Dizzy,(2)
Disent l’usure désolée, la note azur saisie,
Rhums frappés et be bop, éclaboussant la nuit,
Bains de foules bigarrées aux soleils de minuit.

La masure du rasta au visage émacié,
Assis dans l’herbe folle du sol de terre battue,
Insolent et princier, dont les riddims têtus,
Psalmodient des hymnes pour Hailé Sélassié

Des vieux mythes rebattus, la grève paradisiaque,
Palmiers en éventail et nature in situ,
Et sans gêne, Vendredi, sur ma taille courbatue,
D'indigène court-vêtu, oint l’huile aphrodisiaque.

L’Orient de Delacroix et l’Asie de Manset,
La Croix du Sud visant l’anse des Iles de La Sonde,
Asile, où défoncé aux solitudes profondes,
Exultant, j'exsudais les miasmes du passé.

Je renie, d’évidence, le nid de ma jeunesse,
Ses ternes devantures et ses mornes journées,
Pourtant, à l’impromptu, vicieux, réapparaissent,
Les charmes délétères des airs empoisonnés.
(1)Quartier romain cher à Pasolini
(2)Gillespie

Tous droits réservés © Poème posté le 29/02/2024 par Deshaiessaintes

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