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Solastalgie
1

I

Hier est partie l’hirondelle
Pour un voyage sans retour
Il semble qu’ici il y ait moins d’amour
Et que nos âmes en soient moins belles

Dites-moi comment
Si l’hirondelle fait le printemps
Chers amis saurez-vous
Qu’un matin l’hiver est à genou ?

Que sont les fleurs des champs devenues ?
Jadis légions et penchant ingénues
Dans le vent qui souffle et qui s’affole
Parmi les herbes, leurs têtes folles

Ne me demandez Belle aux bras nus
Un bouquet de fleurs sur la table
Longtemps les bêtes ont quitté l’étable
Et les prairies fleuries aussi ont disparu

Chaque jour j'entends crisser
Dans le secret humus des prés
Le soc que la pierre détourne
Et c’est mon coeur qu’il retourne

Accrochée aux célestes cimes
Des frêles branches de ciel bleu
Sur le chemin des éternels adieux
L’alouette grisolle d’espoir infime

Faudra-t-il un jour qu’on t'oublie
Intrépide chantepleure d’accords
Rayant les cieux de tes joyeuses stries
Ô désormais qu’ils me semblent morts !

Rivière au long cou ondulant
Ou jadis reposait l’âme des iris
Parmi les bancs scintillants
L’ablette a fui devant les maïs

II
On marche on longe l’ombre
Longtemps encore la tête noble
Suivrons-nous cette courbe ignoble
Qui nous conduit à la tombe ?

III

Laissez-moi dans le soir dire
Des psaumes de nectar
Laissez-moi donc alanguir
Mes berceaux d’abeilles noires

Laissez-moi forger l’air
Pareil à l’aile de l’aigle
Et de ma bouche tapissée de seigle
Louer les oiseaux des lisières

Laissez-moi labourer de lumière
Les champs d’adventices
Et que les chants d’herbières
Apaisent enfin mes supplices

Laissez sur mon âme qui croule
Verser ces grands quartiers de feux
Que le soir l’arbalétrier des cieux
A grandes boucles écroule

Laisser moi ô voix assaillantes
Parmi les troupeaux accablés
D’heures lentes et indolentes
A la couronne de mouches dorées

Laissez-moi, je vous prie
Dans les rêves des fauves
Dans la trainée d’air fauve
Du chevreuil qui s’enfuit

Laissez à mon cou nouée
L'écharpe d’insectes des broussailles
Et telle une bague de fiançailles
A mon doigt laissez la Cétoine dorée

Laissez-moi dessous les saules
Contre la hanche de limon
Poser le poids de mon front
Et la blessure de mon épaule

Laissez-moi combler
De larmes ce vide de vie
Ce bruit de foules transies
Jetées aux avaloirs affamés

Laissez-moi à terre
Enfin heureux m’allonger
La joue mûrie d’un froid d’hiver
Même si c’est encore un peu l’été

© Poème posté le 07/02/2024 par Hurlevent

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