Cloué soit Jésus dans ses langes
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Vingt quatre décembre, minuit moins cinq,
Marie-Noël est seule au zinc.
Le cœur au chaud dans leur bercail,
bien entourés de leur marmaille
tous les bergers de nos campagnes
lèvent leur coupe de champagne,
rotent cul-sec
et puis dissèquent
la panse des dindes farcies
par leur bergère aux joues fleuries.
Des étincelles plein les yeux
tous entonnent l’hymne joyeux
Cloués soient Jésus dans ses langes
et les anges aux portes des granges !
La p'tit Marie, minuit et quart,
au loufiat fait un cours d'histoire,
relook’ le nouveau testament
et le calendrier de l'avent,
touillant son gob’let de vin chaud
−Ce Gabriel est un salaud
il m'avait soufflé dans l'oreille
monts et merveilles,
m’avait glissé son baratin :
étoile, crèche et saint frusquin,
en prétendant dedans la paille
bénir le fruit de mes entrailles !
Cloués soient Jésus dans ses langes
et les anges aux portes des granges !
Foi d'immaculée conception
pas plus d’ mouflet dans mon giron
que de beurr’ dans mes épinards …
Ressers m'en un, va, Balthazar,
un coup d’ vin chaud contre l’hiver
ça requinque mieux qu’un pater !
Force un chouïa sur la cannelle
qu'au moins ça sente un peu Noël !
Cloués soient Jésus dans ses langes
et les anges aux portes des granges !
-Trinque avec moi mon beau coquin
à la santé des turlupins
qui assaisonnent leurs salades
en les poivrant de galéjades !
La p’tit Marie qu’est bien gironde
n’est plus, pour ce soir, seule au monde
et dans les bras de Balthazar
s’en va soigner sa peur du noir
"Mettons-nous bien d'accord, mes drôles : ces personnages et cette compagnie sont fictifs absolument ! Ils n'existent pas, n'ont jamais existé, ne se permettront jamais d'exister. Et c'est bien dommage !"
San-Antonio (Les Vacances de Bérurier)
San-Antonio (Les Vacances de Bérurier)
