La fuite.
2
Cette quête d’évasion constante m’a toujours servi d’hommage, rituel à ce que nous aurions pu
devenir, des gens libres et affranchis, artistes oubliés, repentis, peignant chaque paysage aux
couleurs de la nuit dans le souvenir de nos années d’errance. Aucun méridien terrestre n’aurait pu
me ramener quelques années en arrière. Alors j’ai fait le tour du monde sur des chemins creusés de
solitude. Je nous ai cherchés dans chaque désert, et je n’y ai trouvé que d’autre âmes aussi
extravagantes et cassées que les nôtres, des sourires fendant le soir, des yeux éblouis de la beauté
des ciels autant qu’horrifiés de la condition humaine. Des grandes gueules avides de justice que la
soif de bonheur avait fini par faire taire. Je me tenais là, sur les dunes de sables ocres, à croire que je
pourrais nous emporter dans les restes de poussière souillant mes phalanges. Mais des milliers de
kilomètres se sont accrochés sous mes pas, j’ai contemplé autant que consternée le monde dans cet
art de vivre. Dehors les souvenirs crevaient sous les peintures crépusculaires . Une nuit de plus
fermant ces yeux-là. Pourtant du haut de ces belvédères suppliant les soirs de tomber, du fond de
ces plaines épousant l’horizon, jusqu’aux forêts équatoriales hurlant de vie, j’ai poursuivi en vain
les réponses que nous avions si bien enterrées sous le causse des vallées de notre enfance.
devenir, des gens libres et affranchis, artistes oubliés, repentis, peignant chaque paysage aux
couleurs de la nuit dans le souvenir de nos années d’errance. Aucun méridien terrestre n’aurait pu
me ramener quelques années en arrière. Alors j’ai fait le tour du monde sur des chemins creusés de
solitude. Je nous ai cherchés dans chaque désert, et je n’y ai trouvé que d’autre âmes aussi
extravagantes et cassées que les nôtres, des sourires fendant le soir, des yeux éblouis de la beauté
des ciels autant qu’horrifiés de la condition humaine. Des grandes gueules avides de justice que la
soif de bonheur avait fini par faire taire. Je me tenais là, sur les dunes de sables ocres, à croire que je
pourrais nous emporter dans les restes de poussière souillant mes phalanges. Mais des milliers de
kilomètres se sont accrochés sous mes pas, j’ai contemplé autant que consternée le monde dans cet
art de vivre. Dehors les souvenirs crevaient sous les peintures crépusculaires . Une nuit de plus
fermant ces yeux-là. Pourtant du haut de ces belvédères suppliant les soirs de tomber, du fond de
ces plaines épousant l’horizon, jusqu’aux forêts équatoriales hurlant de vie, j’ai poursuivi en vain
les réponses que nous avions si bien enterrées sous le causse des vallées de notre enfance.
