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La Louvrière
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Son grain de peau est pâle
Sa démarche altière
Ses gestes sont précis et clairs
Autour de son joli cou pend une pierre d’opale

Dans les galeries du Louvre
Où la foule se presse
Elle au contraire, sereine, calme, décompresse
Elle pose son regard sur ce monde qu’elle redécouvre;

Chaque fois qu’elle porte ses pas
Dans ce Palais si riche du passé…
Son joli front ne semble jamais lassé
Elle observe et dessine de son œil compas

Les courbes d’un corps musclé
Les traits d’un visage juvénile
Ou bien la marque cruelle et sénile
D’un homme proche de trépasser

Un détail la contrarie et elle se fige
Ressemblant à la statue qu’elle croque
Ne se souciant plus de ce monde dont elle se moque
Préférant l’univers fabuleux des dieux et des stryges.

Je la croise souvent au détour d’une galerie
Et la regarde discrètement
Tandis que son attention se trouve totalement
Absorbé par son œuvre, le plaisir de sa vie

Elle a alors cette étrangeté du regard
Cette fixité des statues antiques
Cette beauté sublime et romantique
Qui font d’elle un être à part

Les heures douces et longues passent
Et les ombres grandissent
Les badauds déguerpissent
Sans qu’elle, jamais ne se lasse

Puis, brusquement sa rêverie cesse
Son geste précis et doux
Est subitement parcouru de surprenants remous
Et elle déchire avec élégance son dessin plein de délicatesse

Éternellement insatisfaite de son travail
Elle le jette, et reviendra, je le sais, améliorer sa technique
Tandis que chaque fois à l’identique
Je ramasse après son départ, les lambeaux de son dessin aux délicats détails

Alors, impatient de la revoir, je rêve à notre prochaine entrevue
Dans ce temple dédié aux artistes
Où elle se fait tour à tour joyeuse et triste
Muse, maîtresse d’art, déesse sous ma vue.

© Poème posté le 29/09/2023 par Marigny1978

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