Tumulus
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« Qui voit Groix voit sa joie »
Aux Bretagnes de l’Ankou
J’ai cru voir - et c’est le clou -
Un spectre au mouvement flou
Qui dressa mon poil au cou !
C’était tout un tas de terre,
C’était triste et c’était terne,
Dans un ciel d’oiseaux en berne
Où le soleil manquait d’erre,
Des nuages, comme peints,
Longilignes, semblaient brins
De paille, d’or, et les reins
De la voûte, où les sapins
Courbaient leur tête pointue,
Se chargeait, obscure crue,
De la vague bleue écrue
Qui de tout temps le jour tue.
Les tertres, gagnés de nuit,
D’ombre, et tout ce qui s’ensuit
- J’en comptai bien sept ou huit -
Multipliait ce qui nuit !
J’ai compris tard : chaque tombe
Qui palpitait - toute sombre -
Vide d’un noyé qui sombre
Pour toujours dans l’hécatombe,
N’était pas marquée aux croix
Du vieux cimetière, à Groix
- Morts en mer - Ce que je crois ?
Il est de sales endroits.
