Je m'en irai
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Je m’en irai face au vent,
Dans un murmure de lune,
Je marcherai droit devant,
Sous l’aile de la fortune.
Je laisserai le chemin,
J’embrasserai la fontaine,
J’effleurerai de la main
Le silence de la plaine.
Il naîtra au fond du soir
Une larme si rapide
Que s’y fendra le miroir
De la source au cours limpide.
Et la nuit se blottira
Dans la forêt envoûtée
Où le ciel jadis cacha
La parure de l’ondée.
Le frôlement d’un regard
Touchera l’aube d’un rêve :
« Debout ! Tu es en retard,
Ta longue route est si brève !»
La froidure du matin
Frissonnera sur ma joue
Telle, au porche du jardin,
La fleur où la rosée joue.
Soudain je me lancerai
Dans les écharpes de brume,
Alors je rattraperai
Les mots tombés de ma plume.
Je m’en irai sus au vent,
Des étoiles dans ma course ;
Je volerai, droit devant,
Dans les mains l’eau de la source.
Je reviendrai vers midi,
Parmi l’ombre d’un sourire,
Les airs des chansons d’ici
Combleront enfin ma lyre.
Ecrit après lecture de poèmes et notes intimes
de Marie Noël (1883 - 1967)
