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Le chant des artisans

On m’offrit un pont d’or, qu’au prix de vers boiteux,
Je puisse, clopin-clopant, traverser le désert,
J’ai pris le Pont des Arts, où mon baudet gâteux,
Esbaudit les badauds en soldant sa misère.

Baudelaire comme cornac, j’me gausse des gros sabots
Des charges éléphantesques et des saillies bravaches,
Cravache l’âne sur le pont du plateau, où mille vaches,
Ecossent leurs robes à pois sur de cossards mambos.

De couplets en refrains, j’asticote l’ossature
Des tierces et des quatrains, mature l’art des chansons,
Rongeant, jusqu’au trognon, le frein du canasson,
J’accorde, à son chanfrein, ma fringale d’aventure.

A Port Arthur, me maquent, tarmacs et mappemondes,
Et me frappe, de syncope, la beat-box de Kerouac,
Qui, au be-bop frappé, taxe une cloche vagabonde,
Et une clope, pour la route, à Mc Carthy Cormac.

Ma mandoline égrène -étrennes des heures indues-
Des balades musardant sur le flanc des collines,
Et mande, en omettant ses sources sibyllines,
La reconstitution de paradis perdus.

Visité en chemin par les mannes de Mandrin, (1)
Je détrousse villes pansues et viles mégalopoles,
J’attribue leur butin de sonnantes paraboles,
A un parterre de gueux et de gais malandrins.

Je somme ma gueule de bois, pour bien nourrir son homme,
De siffler, comme une mousse, l’intro du boléro,
Préférant les troquets, au train de bête de somme,
Elle croque les pommes d’amour des cow-boys Malboro.

Mon sang, vite échauffé, fait le tour du cadran,
Met, knock out of the blue, (2) un Big Data chargé
Comme une mule dont la came came est le caviar d’Iran,
Puis dégueule, sur l’écran, la trempe qu’il s’est mangée.

Je fais le pied de grue en costard de barbot,
En caressant le rêve qu’un tromblon de ciné
Soulevât, sans trembler, la muse, ma dulcinée,
Qui a le jeu d'gambettes ’Ava dans Mogambo.(3)

Entre litrons de rouge et potasses du Littré,
Je dégaine des sonnets, en somme, pistolero
« Hey mon pote, kick my ass »(4) en falzar à carreaux,
M’dit l'cul-terreux que bottent les arrière-trains lettrés.

Quand les restes de grec de mon arrière- cuisine,
Viennent me flatter l’échine, j’aspire qu’un tube de Drake,
Soit mon tube d’aspirine, un truc à la Mandrake,(5)
Mais les rats d’égouts rongent mes sangs d’encre de chine,

L’alexandrin filant son coton mégalo,
Enjambe Alexandre, le pont troisième du nom,
Reçoit d’Apollinaire des conseils alcoolos,
D’un bateau rimbaldien, une volée de canons.

1) Bandit des grands chemins
2) Mot valise entre K.O et sorti de nulle part
3) Ava Gardner dans le film de John Ford
4)Botte mon c...
5) Magicien dans un comics

Tous droits réservés © Poème posté le 22/08/2023 par Deshaiessaintes

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