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Les tueurs en couches-culottes
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Hier le portail s’est refermé sur la petite captive du goudron, la poupée emmurée.
Ce matin j’ai croisé ses tueurs en couches culottes, qui ont marqué son cœur à la craie.
Ceux qui crient et qui cognent pour sortir du ventre de la terre, comme on sort du béton.
Ceux dressés par mère Colère, nourris au sein putréfié, dont le sang est devenu un poison.
Ils sont sortis, ils sont là, les bébés tueurs t’attendent dans la cour de récréation.
Prêts à agir, prêts à bondir, ils te guettent comme des fauves assoiffés d’émotions.
Les bébés ont les griffes qui poussent au cœur, quand le tien supporte l’effroyable.
Ma belle qu’ils trouvaient laide. C’était toi le bon cœur. Leur charogne désirable.
Dans cette cour rouge la meute a rongé ta peur, leurs dents démesurés sur tes os brisés.
Ils ont fait de toi le terrain de jeu de leurs blessures, tu n’étais plus qu’une plaie.
Ma tendre charogne. Le banc de ton supplice scintille quand la nuit est tombée.
Tout est calme, sauf la tempête dans ma tête, quand je croise leurs âmes décharnées.
Sur le banc des accusés, leur voix de bébé demandait pardon. Le visage dans les mains :
« Pardon pour le ciel de la fille qui s’est éteint », las des brimades et des coups de poing.
Pardon pour la mère qui pleure sans s’arrêter, aspirée par la terre et l’indicible regret.
Ma précieuse petite fille. Je ne pardonne pas aux monstres cachés sous ton lit, et à leurs alliés.

Pleine de ronces et de de vers, j’enlace le linceul crasseux qui couvre ta dépouille avariée.
Ma merveille inanimée, le temps est venu de dormir contre moi pour enfin rêver.
Dans le ventre putride du monde, je te berce dans la vase des corps d’enfants oubliés.
Chut. Ecoute. Le poème réconfortant que j’ai écrit ma douce, pour ton repos mérité.
Dans le soufre et la braise, sens mon souffle récitant la détresse dans ta peau trouée.
Là où les obus éclatent comme des enfants de verre, vivons ensemble un instant d’or et de paix.

Ma petite fille désarticulée, il manque une couleur à l’arc-en-ciel, elle est en toi.
Je croiserais demain, tes tueurs en couche-culotte, et leur demanderais pourquoi ?
Ma fillette sans aube, ton nom sera dit et clamé, de la terre ou de l’Enfer.
Les monstres entendront-ils ? Les prières des mères de la cour du calvaire.
Les monstres se souviendront-ils ? Comme une mère se souvient de la dernière étreinte.
Mon enfant d’or et de plomb, leur salut restera enseveli sous ton empreinte.

© Poème posté le 12/06/2023 par Dali

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