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La poésie sur internet

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Questionnement (petit prince a dit)
1

ventre creux veuf de désir
scénario de série noire
froide roide et savonneuse

à moitié pleine donc presque
vide déjà selon l'opt-
ique en isme qu'on intime

à la bouteille à la mer
naufragène inquiétante
du message inabouti

remplir la baie noire au cinéma
pétales sang et mousse gratis
noyées sous rasoir assassin

thriller qui trille l'air
oiseau de malheur
aux souris moqueux

en creux pixels désaxées
à plat les quatre étalées de minette
pattes qui perdent les roulettes

comme chez tex avery
mots que d'eux plus gros que les yeux
rimant avec texte azerty

tout ce qui
entre fait ventre
fait rendre fait vendre

pétomanie consumériste qui donne
envie de relire Gargantua au regard
d'une sobriété nouvelle

l'inflexion de guerre basse
accents graves de seins quand pointes aigües
ne suscitent guère que lasse génuflexion

envoyé par air le matériel
abattue l'usine délocalisée
grimpe aux rideaux le dividende

et le savoir faire se perd dégâts collatéraux
gars et filles dans un même corbillard
boursicoteur s'en bat le coquillard

allez soufflez soufflez
on t'entube et on voudrait te faire croire
que tu respires toute seule

ah traverser en apnée
la grassouillette soupe philosophique
de ce monde

tenter d'en ramener des perles pas encore enfilées
des pépites pas trop dépitées
des oursins solidaires des hérissons

des coraux ayant préservé leur rage de rouge
poème épuré dense entier entité
en sa candeur sauvée ronde planète

tout texte écrit ne serait il que partie
du même livre toujours repris
variante minuscule

appendice ostentatoire
résumé évocatoire
codicille insolite

chapitre en pied de nez Homère
marginalité ignorante Dante
inspire Shakespeare et les autres…

mais
la baignoire se vida
dans un bruit de grognoir

*

grotte aux rupestres effusions dont la visite
en fac similé est conseillée manière savoureuse
d'affirmer la théorie du pastiche universel

tentatives de re-déconstruction
béate bétonfication plate béatification
et autres sans façon de mauvais maçon

ou alors trouvailles ingénieuses
émotions merveilleuses
virginales arabesques à hypothèses exponentielles

de ce grand hier à cet insaisissable aujourd'hui
multi protéo tentaculaires en forme de décombres
ce seront les coupures du temps

à blessante section d'égoïne sisyphe
du cil battant papillon conditionnel
avec scie jamais d'air ritournel

se retourne encore sur le lit gravier
à taille humaine nos ridicules blessures
ont la démesure de notre refus de la mort

à échelle géographique aussi
hauts plateaux où s'ouvrent des failles
dont la pleine platitude fantasme

dangers de désirs perchés collines bombées
l'abondance jalousée des plaines
fracture et turgescence magmatiques

ne pas nier la constriction féroce
froissement d'étoffe de roche
dans un assaut parfois brutal

partir le désir s'en sauver
le sentir à la fois immense et au-delà
rêvé comme rare possibilité d'infini

mais
mauvais vain
vomi au goulot assoiffé

*

la construction érotique du paysage
était une hypothèse
que les mots suggérèrent

mâle adroitement se servait
assez bien de l'outil de la ver
-sification sophistiqué et rigoureux

ses performances furent améliorées
dans les ultimes dé-vers
-loppements d'Apollinaire

ensuite on peaufina le confort de travail
et l'acuité des mesures même s'il y eut
de hoquetantes tentatives peu convaincantes

en résumé
l'outil aura permis d'aborder au 21ème siècle
le matériau d'une vrille légère

plus tard
la binarisation du tournevis
la numérisation inverse de la page blanche

rangea comme un couteau sur l'égouttoir
le stylo sanglant et des doutes coulèrent
comme des fissures d'assiettes creuses

se noyer dans la flaque de la soupe
fut le grand défi des écrivo
-nautes d'entre millénaires

un peu comme si on avait limité la colline
aux si belles dentelles évocatoires
à la photo du calendrier des postes

au dessus de l'évier…
oh la vocation d'évoquer qui soudain s'extrudait
bouillonnement brouillon d'un siphon rageur

vocifération mutile contre poésie subtile
le désir bruyant braillard
et tellement banal

rondouillard au centre du ventre
petit soi bien propret
même dans ses infimes perversions

transgressions tranquilles
interdits grassouillets
ne serait ce donc que cela

petits cercles concentriques autour du nombril
guère plus glorieux que les marques du chocolat
mangé lors des écarts de régime

cette étroitesse elle l'aurait voulu bousculer
par le fleuve
bondissant mais pas défoncée mais pas déchirée

possédée possédante
l'une et l'autre autant que l'autre et l'un
symétriquement masculin féminin

escapade transfrontalière en territoire
dont les limites sociétales ne sont pas
encore tracées avec caresses

y a t il urgence
y a t il nécessité
et qu'importe le genre y a t il amour

*

l’opiace lune opaque impacte l’angle mou
passe dans l'air un guidon lorsqu'Hécate meurt
qui ne se souvient d'E.T. pédalant aux brumes?

s’asseoir sur un banc de pierre rose à facettes
au soir posé quand fatigue prend sa récré
mimant grincement des balançoires du temps

Petit Prince avait dit oh sut si bien parler
les mots en volutes gros chagrin qui s'en vont
syllabes d'un babil que Babel a tué

Humphrey allume une cigarette au Maroc
Morgan le regarde au fond d'un bar à Paris
et vous vîtes aussi un frisson sur la vitre

on tire à soi l’écran des souvenirs cathodiques
ferme les yeux petit frère au loin le tonnerre
do do l’enfant do et non d’ut brut uppercut

dors et non meurs dosé le soir le tragique
à la télé on revoit le défilement
des ostensoirs dans le cortège

l’enfant s’est tu et les bulles vides
claquèrent Maryline est partie
qui sabre le champagne à coup de revolver?

accrochons les notes comme du linge
aux cordes des violons
seront pendus en ballade

sur la lisière des horizons
tels papillons en post-its sur le liège
des plages de pavés fins

les villes sont guitares
quand il fait tard sur la ligne de front
à portée de fusil

des croches comme des poings
des pansements sous plectre
ménestrel avenue du soleil couchant

limonaire tirant corbillard
accordéon déroule sa pelote
l'intrigue est geignarde

les cités sont guimbardes
quand la tôle emboutit vent debout
là-bas il pleut rideau de fer rouillé

des cormorans gémissent
les grands malades pleurent
du granit maigre

corps mourants grimacent
quand les pendules claquent
temps qui tant assassine

brochettes sur plages d'hiver
un arbre échoué tente racines
le feu du bûcher froid n'a pas pris

le buffet des égares a fermé
la nappe renversée jonche mare à crevettes
grillées sur forêt de goémon

les sons ont dessiné des rigoles
fossettes de sourire future rides
rimmel de charbon à la mine

les métropoles se referment
quand le rire de gorge des tunnels
absorbe le convoi d’un orchestre funèbre

*

me too coupable
d’inacouplabilité
mâle barré

fut-il elle sait-elle
futile différence
un dit férence sans les références

dans le carnet des mots
décarbonné les métas
forent des lendemains qui hantent

© Poème posté le 18/02/2023 par Noglhuisne

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× Illustration agrandie